L’Imprimerie des timbres entre doutes et embellie mardi 23 octobre 2012

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La philatélie garde ses adeptes, mais n'est plus tout à fait ce qu'elle étaitLa philatélie garde ses adeptes, mais n'est plus tout à fait ce qu'elle était © Alain Bernard 

Que se passe-t-il, à Boulazac, à l'Imprimerie des timbres (ITP) et des valeurs fiduciaires ? En tête des employeurs de Dordogne avec le Conseil général, l'hôpital de Périgueux et les papeteries de Condat, cette entreprise portant l'enseigne de La Poste n'a pas manqué encore, pour la Fête du timbre les 13 et 14 octobre sur le thème du feu, de rappeler qu'elle produit certains des plus beaux timbres du monde. Elle offre en même temps, à des centaines de millions d'exemplaires, les timbres usuels de Marianne - on peut d'ailleurs se demander à quoi ressemblera la prochaine, chaque nouveau président de la République imposant la sienne sur un timbre…

N'ayant d'équivalent qu'à Chamalières (Puy-de-Dôme) pour les billets de banque et à Pessac (Gironde) pour les pièces, elle n'a pas été européanisée comme elles. Elle continue à illustrer , comme imprimerie nationale, Jérôme Bosch, les acteurs de cinéma, Nice, les orgues de Lunéville, l'amitié franco-suédoise ou les « Grandes heures de l'histoire de France », titre d'une prochaine série de prestige en novembre.

Or, le 9 octobre, elle vient d'enregistrer le débrayage de certains membres de son personnel et vendredi ses représentants CGT rencontraient les parlementaires périgordins pour leur faire part de leurs

« inquiétudes en matière d'effectifs, de précarisation des postes, de pérennisation du savoir-faire, de dialogue social et de stratégie globale. » Le soir même, le député Germinal Peiro se faisait également l'écho, sur France Bleu Périgord, d'une sous-traitance de l'ITP en Roumanie.

Signe des temps, le virtuel contre le papier

Sans être en vraie difficulté puisqu'elle vient de bénéficier de forts investissements, l'ITP vit en fait les répercussions de la crise du papier dans notre société de plus en plus tournée vers le virtuel. Quel voyageur va encore acheter des cartes postales et les affranchir avec de beaux timbres, même si certains peuvent désormais s'acheter en carnets, à l'instar des Marianne ?

Côté philatélie, l'autre ventricule du cœur de l'ITP, les jeunes constituent-ils réellement de la graine de collectionneurs ? Les philatélistes ne sont-ils pas, pour la plupart, des néo-retraités motivés par la reprise de leurs albums de jeunesse ? Autre question : la philatélie n'est-elle pas devenue trop souvent plus spéculative que ludique  ?

Taille-douce, le retour

L'ITP est dirigée depuis Paris depuis une dizaine d'années par Phil@poste, le service timbres-philatélie de La Poste, avec à sa tête Christèle Fontaine depuis le récent départ de Françoise Eslinger qui l'avait initié.

C'est peu dire que, décentralisée de la capitale en 1970 grâce à l'ex-ministre des PTT Yves Guéna, l'ITP, héritière de la révolution industrielle du XIXème siècle, a beaucoup perdu de son indépendance. Parallèlement, même si l'on y recrute en ce moment quelques cadres supérieurs, ses effectifs sont passés en vingt ans de 800 à 450 collaborateurs.

Pourtant l'ITP, dirigée par l'ingénieur Philippe Gateau successeur de François Héry, a surpris ces derniers temps en renouant avec la taille-douce, l'un des trois modes de production des timbres avec l'héliogravure et l'offset.

Avec ses racines plongeant fièrement dans la gravure florentine du XIVème siècle, vraie Rolls de l'imprimerie sur ses plaques d'acier gravées, servie par de vrais artistes salariés ou extérieurs, la taille-douce mobilisait traditionnellement un matériel unique, souvent importé. Elle avait fait les beaux jours de l'ITP depuis les reproductions de tableaux classiques jusqu'aux timbres des Terres australes et antarctiques, en passant par le bicentenaire de la Révolution et le prestigieux salon Philexfrance 1989.

Boudée parce que trop chère, elle vient de faire – avec des équipements renouvelés – un retour prometteur d'autant qu'elle offre à l'ITP d'autres atouts sur des marchés cousins : nouveaux passeports et documents de sécurité personnalisés, par exemple pour les grands vins. Il faut dire que l'ITP était déjà spécialisée aussi dans la production de certains documents officiels  comme papiers d'identité, papiers de chasse, etc.

Innovation technologique

Malgré les difficultés du marché intérieur, l'ITP poursuit son flirt avec l'innovation : timbre rond, autocollant, parfumé, recto-verso ou encore personnalisé

à la tête du client. En contact mais en concurrence avec les autres grandes imprimeries nationales de timbres, elle prospecte aussi les marchés extérieurs, depuis le Vatican (elle a timbrifié Benoît XVI à la mort de Jean-Paul II) jusqu'à l'Asie du Sud-Est. C'est une façon d'ailleurs de se diversifier par rapport au marché traditionnel francophone de Monaco, l'Afrique, le Pacifique, etc.

Mais, dans un contexte global très moyennement favorable au timbre, il reste à l'ITP à retrouver le chemin du grand public, alors que depuis son rattachement à Phil@poste elle ne communique plus localement et se visite de plus en plus difficilement.

Il y a une dizaine d'années, un projet de Cité mondiale du timbre (comme il y a celle du vin à Bordeaux) a avorté à Boulazac, alors qu'on commençait déjà à stocker d'historiques machines à timbres à Chamiers. Or, le timbre continue à susciter beaucoup de curiosité et le projet aurait pu s'autofinancer sur les visiteurs et leurs achats philatéliques et paraphilatéliques.

Au même moment, le superbe Musée de la poste à Paris doit à terme être rénové, avec une part d'incertitude. Or, il continue à faire la part belle à l'ITP, même s'il y accorde un peu moins de place qu'à l'époque où il évoquait des figures comme le fameux taille-doucier Raymond Dubernard.

Devenue synonyme de qualité et de rêve par sa production, l'Imprimerie des timbres aurait finalement tout à gagner de se rapprocher du philatéliste et de l'expéditeur de courrier pour mieux partager avec eux l'aventure de cette vignette qui, vieille de plus d'un siècle et demi, suscite toujours tant de curiosité.

Auteur : Alain Bernard



L'ITP à BoulazacÀ Boulazac, l'Imprimerie et son architecture 1970, très « Trente glorieuses » octobre 2012 © Alain Bernard


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Commentaire de Anonymous ED , le 24 mars 2015 à 23:30  

bonjour,
je viens d acheter un carnet de timbres '' la main'',
impossible de détacher les timbres sans les déchirer, très mauvaise qualité des timbres;difficile même de les détacher du support ;
c'est la première fois que ce désagrément survient;
salutations
ED

 

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