Au fil de l'Isle Retrouvez en exclusivité sur Périblog l’humeur de Pascal Serre :
Pierre Pommarède est incontestablement un des derniers grands érudits périgordins. L’homme de prière et de quête insatiables a accepté que son élévation vers le ciel soit le jour de l’Assomption de Marie. Une façon d’assumer sa foi en se laissant enlever au delà du dogme et privilégiant le sens de la fête. Une élégance dont il ne s’est jamais départi. 
Le chanoine Pierre Pommarède (1929 - 2010). Il fut président honoraire de la SHAP, la Société historique et archéologique de Périgueux
photo © Archives Sud OuestC’est
Jacques Lagrange qui, en ce dimanche du 15 août, à l’heure du déjeuner, m’adressant un courriel, comme à l’accoutumée, par fidélité s’exprime en ces termes :
Les deux hommes s’étaient retrouvés dans la passion de l’histoire et les questions qui transcendent la religion vers la spiritualité si ce n’est une mystique intime.
La dernière apparition publique, l’ultime intervention toute empreinte de sagesse et de sensibilité du Père Pommarède fut à l’occasion de l’hommage d’un autre esthète de la vie :
Patrick de Brou de Laurière. le jeudi 17 juin dernier.
Un homme du siècle des lumières qui intègre son destin d’homme de Dieu
C’est dans les Nouvelles Ecclésiastiques que
Voltaire, au XVIIIe siècle, a écrit :
N’oublions pas que Voltaire respectait la liberté religieuse d’autrui.
On pourrait rêver de cette rencontre entre les deux hommes pétris d’exigences. Peut-être sont-ils déjà à converser comme ils s’y préparaient.
Pierre Pommarède était à la fois un contemporain et un homme du
« Siècle des Lumières » mais qui intégrait avec détermination son destin d’homme de Dieu. Il incarnait ces hommes de foi toujours ouverts à la recherche, la différence, la tolérance.
Pierre Pommarède était un homme de salon, ceux où l’on lit, débat, discute avec passion, une occasion de satisfaire une soif de savoir et entretenir une vision du monde.
Homme de talents, mondain pour certains, déroutant par son éclectisme, recherché par son examen critique qui pourrait faire penser que la religion se sépare de l'État sans quitter l’individu. Le grand courant des Lumières se réclame, non de l’athéisme mais de la religion. Il ne l’avait pas oublié.
Pierre Pommarède partageait de toute évidence le pluralisme religieux et la tolérance. Ce qui peut expliquer son choix de thèse sur
« la Séparation de l’Église et de l’État » devenu, avec le temps et une récente réédition :
« La Séparation des Églises et de l’État ».
Peut-on aller jusqu’à penser qu’il adoptait que
Dieu ait donné à l’homme de la raison pour faire accéder sa conscience, sans la médiation de l’Église, au message de l’évangile et au salut ?
Notre première rencontre, en 1975, portait sur sa passion pour les vieilles cartes postales autant que sur le long et indéfinissable chemin de l’initiation à la vie. Nos vies entrecoupées des choses les plus insignifiantes ne se séparèrent jamais. Ses passions, ma vocation y furent pour beaucoup.
Un homme digne et insaisissable dans la multiplicité de ses approches et amitiés
L’homme était digne, imposait un respect que la maladie n’avait en aucune façon entaché. Cet épicurien était presque insaisissable dans la multiplicité de ses approches et amitiés les plus diverses. Au point d’être accueilli avec
fraternité dans les milieux maçonniques parisiens qui n’entamaient en rien — au contraire — ses convictions spirituelles.
Ne se réclamait-il pas, avec constance, du poème de
Louis Aragon intitulé
« La Rose et le réséda » ? Un anticonformisme qui trouble davantage la lecture de l’homme d’Église, libre avant tout dans sa chair et dans son âme.
Un monument qui fait référence
Guy Penaud, historien et auteur du fameux
« Dictionnaire bibliographique du Périgord » met en valeur ses incontestables
talents de conteurs et lui a réservé une place privilégiée dans le panthéon des érudits en ces termes
La solitude devant le Styx
Pour
Jacques Lagrange, évoquant le passage pour le Styx nous rappelle toute la symbolique qui se rattache à cette étape. Le
Styx, d’abord uniquement présent dans la tradition grecque, est ensuite apparu dans l’enfer du christianisme, particulièrement dans la
Divine Comédie.
Dante attribuait la garde du Styx au
nocher Phlégyas. Il faisait de cette rivière le cinquième cercle de l'enfer, où les coléreux avaient pour châtiment de demeurer immergés dans la vase du cours d'eau.

Dante et Virgile aux enfers (1822) est un des premiers tableaux d'Eugène Delacroix. Musée du Louvre
photo © Musée du LouvreDans son tableau intitulé
« Dante et Phlégyas », le peintre
Delacroix nous montre des suppliciés plongés dans le Styx, tachant de s'agripper, parfois avec violence, à la barque de Phlégyas, ici quasiment nu et de dos ayant les traits d'un homme tout à fait normal.
Dans sa barque du même style que celle du
Charon antique, il transporte
Dante, coiffé d'un bonnet rouge, l'air effrayé, ainsi que
Virgile, en toge et coiffé d'une couronne de laurier.
C’est dans une chambre de l’hôpital de Périgueux et la solitude que l’homme d’exception que fut Pierre Pommarède a peut-être vécu cet ultime passage. Une initiation qui me renvoie à un propos sur la mort que par fausse modestie je m’accorde :
En ce 15 aout, fête de la Vierge Marie, Pierre Pommarède nous laisse ce message :
« Enfin, la Vierge Immaculée, préservée de toute tache de la faute originelle, au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps et elle fut exaltée par le Seigneur comme Reine de l'univers afin de ressembler plus parfaitement à son fils, seigneur des seigneurs et vainqueur du péché et de la mort. » A bientôt mon père.
Auteur : Pascal SERRE
Complément d'information sur ce sujet
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Bonjour,
J'avais promis à Jean Pierre Garde-Champêtre de Perigueux, de lui développer nos photos via facebook, chose faite ! excellent souvenir de ce personnage sortant de l'ordinaire .... Super sympa à qui nous souhaitons que de bonnes choses notamment la dédicace de son livre .... Bise à Alain Bougouin qui est toujours aussi craquant !!! (sourire) Cathie.
(Bourgogne)