Lettre ouverte aux parlementaires de Dordogne vendredi 19 octobre 2012

Lettre ouverte envoyée par Jean-François Cros aux parlementaires de Dordogne :

  • Pascal Deguilhem
  • Germinal Peiro
  • Brigitte Allain
  • Colette Langlade
  • Bernard Cazeau
  • Claude Bérit-Debat
Les bourgeois de Calais
SERONS-NOUS LES « BOURGEOIS DE CALAIS » D'UNE POLITIQUE FISCALE SACRIFICIELLE ?

Jean-François Cros à PérigueuxLe chef de l'État semble avoir décidé, au mépris de la parole donnée, de revenir sur la baisse de la TVA dans la restauration. Depuis quelques semaines, il n'est pas d'interviews de ministres ou de députés qui ne stigmatisent cette mesure si impopulaire et avec, cette engeance semble-t-il malfaisante que sont les patrons des milliers d'établissements français, aquitains ou périgourdins qui ont bénéficié de ce cadeau fiscal indu.

Mesdames les députées des 2ème et 3ème circonscription de Dordogne, messieurs les sénateurs et députés des 1ère et 4ème de Dordogne, je me permets donc de vous inviter dans ma modeste entreprise pour que nous puissions enfin parler de cette mesure qui paraît provoquer sur les bancs de l'Assemblée et du Sénat, une levée de bouclier sans précédent.

Je voudrais, par cette rencontre, vous expliquer ce que cela représente pour notre profession, vous faire partager combien est importante la faiblesse économique de ce tissu de petits établissements maillant notre territoire. Germinal Peiro, vous vous êtes fait le chantre de la sauvegarde de la ruralité. Vous êtes-vous posé la question de savoir quels sont les derniers commerces qui restent encore ouverts dans nos villages ? Le bistrot ou le restaurant... Qu'est-ce qui fait l'attrait touristique de nos bastides et villes classées ? Les mêmes... Pascal Deguilhem, en sportif averti, vous aimez les sympathiques troisièmes mi-temps ? Sans un bar ouvert ou une table festive pour accueillir un quinze en goguette, c'est bien moins amusant...

Je n'ai pas honte de le dire mais cette mesure a sauvé mon entreprise et avec elle, les dix-huit salariés qui se battent au quotidien pour leur emploi. Je ne suis pas le seul dans ce cas même si beaucoup de mes collègues ont trop de pudeur à l'avouer.

Dans les 190 établissements du grand Périgueux, nous nous escrimons tous pour nos boites, avec des horaires de fous, des charges et des obligations sans cesse accrues. Et tout cela pour s'entendre dire que nous sommes des privilégiés gâtés par le système ? Cela suffit ! J'en ai par-dessus la poêle à frire de passer pour un exploiteur, confit de fric et mauvais citoyen. Je ne suis ni le groupe Total ni Madame Bettencourt, L'Oréal), ne mélangeons pas tout. Ou alors il faudra venir aussi expliquer à nos salariés que l'année 2013 risque d'être pour eux celle du chômage, de la précarité et du retour aux vaches maigres.

Car derrière la TVA à 5,5% puis à 7%, beaucoup de donneurs de leçons médiatiques omettent de dire qu'il s'est agi de nous placer à armes égales avec la restauration rapide, qu'aucun secteur de l'économie française, depuis, n'a autant embauché en période de crise, que nous sommes employeurs de beaucoup de jeunes en rupture scolaire sans qualification ni avenir.

En cas de rétablissement au taux supérieur de TVA pour l'ensemble de la restauration, devra-t-on donc renoncer à la prime versée chaque année à nos salariés (500 euros environ), à la mutuelle générale mise en place pour tous, aux embauches d'apprentis supplémentaires (2 pour mon entreprise) et espérer le retour des aides à l'emploi que nous avons tous perdues (près de 3000 euros par mois concernant ma société) ? J'aimerais connaître de votre part ce qui accompagnera cette réforme fiscale qui va nous toucher de plein fouet. C'est important pour la survie de nos entreprises.

Cette mesure qui touche le 4ème employeur de France avec 800 000 salariés s'ajoute à la disparition de l'exonération de charges salariales des heures supplémentaires. Le résultat est que les plus faibles de nos salariés ont perdu pas loin de 1 000 euros par an. Est-ce acceptable quand par ailleurs, les propriétaires d'œuvres d'art, eux, échappent à toute fiscalité ? Peut-on croire en la parole d'un homme politique qui nous avait promis la stabilité fiscale pour nos entreprises ? Peut-on avoir encore de l'estime pour ces mêmes politiques qui s'en prennent à nous essentiellement parce que notre niche fiscale n'est pas populaire ? Je crains le pire pour les croquemorts ou les huissiers…

Aujourd'hui, vous allez choisir d'envoyer à l'abattoir des centaines de PME qui ne peuvent, elles, délocaliser, qui ne peuvent éviter ce couperet fiscal alors qu'il existe des pistes d'économie que l'État se refuse à voir. C'est une grave responsabilité qu'il vous faudra aussi assumer publiquement et non dans un vote de nuit, en cachette, au Parlement !

Auteur : Jean-François Cros


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Commentaire de Anonymous maurice melliet , le 20 octobre 2012 08:34  

C'est bien dit Monsieur Cros, il faudra bien un jour avoir des politiques honnêtes avec eux-mêmes ! Quand il s'agit de se faire élire à n'importe quel mandat, on promet la lune en paquet cadeau... Après avoir été élu, on pense avoir affaire à des contribuables amnésiques ! Et bien non, messieurs les "politiques-élus" le contribuable regarde son pouvoir d'achat (il y a le mot "achat" donc contribution à l'économie de la société = donc personne qui achète et fait fonctionner l'économie). SI VOUS RÉDUISEZ CETTE ÉCONOMIE A UNE SIMPLE CONTEMPLATION DE LA VIE, VOUS ÊTES COUPABLES DE "TUER" NOTRE PAYS ! car messieurs, ce n'est pas votre pays à vous seuls, il est aussi le nôtre ! et même plus qu'à vous seuls... Puisque se sont nos impôts directs et indirects qui payent vos indemnités d'élus voir vos dépassements...
Faîtes en sorte d'être des élus honnêtes avec vous-mêmes.

Maurice Melliet - citoyen libre

Commentaire de Anonymous Fabrice Cellier , le 20 octobre 2012 20:34  

Quelqu'un peut il m'expliquer pourquoi la TVA des restaurateurs est plus faible que celle des autres commerçants ou d'un certain nombre d'autres prestataires de service?
L'équité n'est-ce pas une TVA égale pour tout le monde? D'autres professions emploient du personnel et transforme des produits avant de les servir? Et certains de mes prestataires sont assujettis à 7% alors que je le suis à 19,6% après avoir valorisé leur service. Je ne souhaite pas particulièrement que la TVA remonte chez les restaurateurs, je n'y ai aucun intérêt, mais cela me parait être une querelle de clochers, tant elle ne soulève pas le sujet de la TVA dans sa globalité...

 

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