Périgueux - Suicide de Philippe Cornet UMP vendredi 7 juin 2013

Mort de Philippe Cornet, un gagnant en souffrance

Vendredi midi, rue des Chaînes à Périgueux. Serge Jamot, abasourdi par le suicide de son confrère avocat Philippe Cornet, répète comme si soudain les mots lui manquaient : « Incroyable, incroyable… » Il croise, place Saint-Silain, Francis Delpey qui a du mal à parler : « Dire que, mercredi soir, on dînait avec des responsables du Cap ! » Il sert comme un automate des clients qui, faute de mieux, tentent un maladroit rapprochement avec la mort de Pierre Mauroy ce même jour.

PériblogPhilippe Cornet leader UMP, à g., auprès de Michel Moyrand maire socialiste de Périgueux lors de la fête de Saint-Georges en mai dernier 2013 © Alain Bernard

En remontant sur le Coderc, force est de le constater : la ville est sous le choc. Le poissonnier Patrick Marty est retourné, le balayeur géant familier du marché est au bord du malaise, le boucher Yves Beaugier est, fait inaccoutumé, pendu à son portable. On croise l'adjointe Gatienne Doat : « On n'en revient pas ! Quand le préfet nous a appelés ce matin, on a eu bien du mal à y croire… »

Un véritable séisme

Au long des rues, on ne parle évidemment que de ça. Cela se devine sur la mine des gens. Un vrai séisme. Un manutentionnaire du marché, l'air gauche, s'approche avec tristesse : « Vous savez comment ça s'est passé ? » Ben… Passe notre consœur de « Sud Ouest Dordogne » Anne-Marie Siméon, affairée : « J'ai un rendez-vous urgent ! » L'actualité locale revêt ce jour des aspects de folie.

Certains, dans les rues, demandent naïvement une confirmation de ces faits ahurissants. Retour vers les boulevards. Au Café de Paris, la première adjointe Delphine Labails boit un verre avec son mari : « C'est vrai, on est d'autant plus abasourdis que Philippe Cornet était un gagnant, quelqu'un de très présent dans la cité et ayant toutes les raisons d'aimer la vie. Apparemment… »

Justement, c'est cette image de battant de Philippe que ses nombreux amis et tous les autres garderont de lui. Tout en suscitant une nouvelle donne pour les élections, comme des dés violemment jetés sur un damier bien rangé, sa disparition est en effet celle d'un homme à qui la vie avait semblé sourire.

Panache à revendre

Quelques jalons dans la vie de Philippe Cornet publiés dans le journal Sud-Ouest sur le Web

  • 1963. Le 21 février, naissance de Philippe Cornet
  • 1981. Études à Paris et notamment en droit à Assas
  • 1988. S'installe comme avocat à Périgueux
  • 1989. Élu conseiller municipal à Marsaneix
  • 1992. Défaite aux cantonales à Vergt
  • 1995. Élu sur la liste d'Yves Guéna à Périgueux, il est adjoint à la vie associative
  • 2001. N'est pas repris sur la liste de Xavier Darcos après des problèmes professionnels
  • 2002. Défaite aux législatives dans la vallée de l'Isle sous l'étiquette Démocratie libérale
  • 2008. Après la défaite de la liste Darcos aux municipales à Périgueux, devient leader de l'opposition
  • 2010. Élu conseiller régional UMP
  • 2012. Défaite aux législatives en vallée de l'Isle
  • 2013. Prépare la liste pour les municipales à Périgueux.

Avec ses succès public, professionnel, et apparemment familial et personnel, ce garçon au look BCBG était tout sauf superficiel et égoïste, loin d'une certaine droite se claquemurant derrière haies et clôtures. Ses ennemis politiques sont les premiers à reconnaître que ce leader d'opposition avait du panache à revendre et un vrai amour de la chose publique — trop peut-être...

Dans les bistrots du marché ou à la mairie d'Amberg, sur les gradins de sports ou encore récemment dans les petites rues avec François Baroin (qui l'avait mis brièvement sur orbite), il mordait la vie à pleines dents. Cette vie l'a maintenant quitté, à quelques jours d'une investiture UMP objet d'une fratricide querelle avec Jean-Paul Daudou qui avait reçu, quelques jours auparavant, le soutien formel d'Yves Guéna. Aujourd'hui Jean-Paul Daudou, aussi ému que les autres, parle d'« un drame absolu ».

Ce vendredi après-midi, ils étaient nombreux déjà à se demander si, chez pareil battant ayant survécu à de mauvaises tempêtes (qu'on se rappelle « le Corbeau* »), une rumeur suggérant qu'il allait perdre l'investiture avait pu inspirer le geste fatal, si inattendu…

En marque de respect, Michel Moyrand, le maire socialiste de Périgueux, a demandé à ce que tous les drapeaux de la ville soient mis en berne, et ce, jusqu'aux obsèques du leader de l'opposition.

Toutes nos condoléances vont à Caroline et leurs deux enfants. Paix à son âme.

* L'histoire dite « du Corbeau » remonte au début des années 2000 lorsque des membres purs et durs du RPR (les noms de Jean-Michel Tailhades, de Jean-Paul Daudou, etc. avaient circulé) avaient cherché à casser les reins à Philippe Cornet, en le discréditant sur fond de faute professionnelle. Au Gala de la presse suivant, le comédien Jean-Pierre Dupin avait incarné de façon oppressante le personnage inquiétant d'un horrible Corbeau. Me Cornet, lui, avait été pénalisé : une année d'interdiction d'exercer...

Ce qu'on dit dans la presse...


Auteur Alain Bernard

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Commentaire de Anonymous Bonnal , le 7 juin 2013 à 13:47  

Je suis consterné et je m'incline respectueusement car philippe Cornet était un homme de grande valeur et très respectable et respectueux!

Commentaire de Anonymous Nicolas Bouvier , le 7 juin 2013 à 21:02  

Je viens de voir à l'instant ton billet dans Périblog. Je connaissais Philippe et j'ai eu tout le mal du monde à réaliser son suicide ce matin. J'ai cru que c'était un canular. Je pense que tu es aussi choqué que moi. Il avait été le seul élu présent à notre premiere soirée caritative avec le rotaract du Périgord et il avait promis d'assister au colloque sur le harcèlement scolaire. L'équipe du rotaract lui rendra hommage à ce colloque dont le jour n'est pas encore fixé.
Je ne fais pas de politique et je n'en ferai jamais, mais l'homme était accueillant, jovial, généreux et il était ouvert d'esprit, enthousiaste et motivé. c'est ce que je retiendrai de mes rares entretiens avec lui, l'ayant connu finalement bien tard mais ayant entendu parler de lui depuis quelques mois déjà.
Il m'avait encouragé à me battre dans mon combat contre le harcèlement scolaire et m'avait félicité pour mes actions.
Je ne l'oublierai jamais, c'était un brave homme. Mes condoléances à sa famille.
Nicolas Bouvier

Commentaire de Anonymous Jean Lacassagne , le 9 juin 2013 à 09:31  

De tels faits dramatiques surprennent toujours, ils doivent transcender les frontières politiques et relativiser les petits affrontements.

Encore une fois nous sommes interpellés sur l'âme humaine, sa complexité, son équilibre et bien sûr nos parcours.

Bien sûr mes premières pensées iront à la famille, aux ami(e)s, aux simples citoyens qui passent à la permanence de l'UMP et qui sont éprouvés.

Je n'ai pas de doute que tous les républicains de Périgueux sauront trouver l'occasion de se réunir, de trouver les modalités d'un hommage.

Nous attendons tous des explications, car chacun(e) veut comprendre..la parole reste aux enquêteurs.




Commentaire de Anonymous Anonyme , le 11 juin 2013 à 19:23  

La veille de la mort de P. Cornet j ai reçu un appel je suppose être de la part des élus socialistes sur ma façon de voter pour les futures élections. Questions particulièrement indiscrètes qui m'ont beaucoup choquées. J'habite Périgueux, je trouve ces questions bizarres, juste avant le décès de Monsieur Cornet pour lequel j'aurais voté bien sûr

Commentaire de Anonymous Kristina Sandig , le 12 juin 2013 à 13:07  

Je suis infiniment triste après avoir appris le décès de Philippe Cornet. Mes sentiments rejoignent ceux de beaucoup de Périgourdins. Je n'arrive pas à croire et comprendre que Philippe ne vit plus. Je me rappelle son sourire, sa joie de vivre, son énergie, sa gentillesse, son hospitalité, son charisme. C'est grâce à lui et à Caroline que j'ai découvert - il y a maintenant plus que 20 ans - mon amour pour Périgueux, pour les Périgourdins et pour le jumelage entre nos deux villes. Depuis ma première visite à Périgueux je suis allée plusieurs fois en Dordogne et, à chaque séjour, Philippe et Caroline ont pris le temps de m'accueillir chaleureusement et de me montrer quelque chose à Périgueux et en Dordogne.
Ce mercredi après-midi , je serai distance à la cathédrale Saint-Front pour dire adieu à Philippe, et toutes mes pensées seront aussi en communion avec Caroline et ses deux fils.

Kristina Sandig, journaliste à Amberg

Commentaire de Blogger Marie-Claude Fuentes , le 16 juin 2013 à 10:36  

Philippe décidant de quitter, de son propre fait, la scène de la vie... sans explication pour ceux si chers à son cœur...
"Est-ce possible ?"
C'est la première question qui martèle notre esprit endolori, meurtri par ce séisme affectif !
Le couperet tombe alors, écartant brutalement l'hypothèse (presque apaisante...) d'un homicide !
Alors une seconde question , outil de torture, se substitue à la précédente :
"pourquoi ?"
Puis une troisième, une quatrième... en quête de vérité, piètre remède à la douleur qui nous oppresse :
"Quels bourreaux, conscients ou non de l'être, ont condamné le côté cours et le côté jardin de cette précieuse scène des vivants parmi lesquels notre ami, aimé de tous, avait une place privilégié ?"
"Quels bourreaux ont dessiné, en lieu et place cette seule et fatale issue ?"
"Comment peut-on à ce point faire les sourds et pousser celui qui veut s'exprimer à se taire à jamais ?"
Il est heureusement une petite flamme que nul ne peut atteindre et qui gardera Philippe présent à jamais dans nos cœurs... celle du souvenir.
A Caroline et à leur deux garçons je veux dire toute ma compassion mais aussi combien ils peuvent être fiers, au-delà de leur désarroi, de l'homme qu'était Philippe et des bienfaits qu'il répandait tout naturellement autour de lui.

 

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