Raconte-moi Périgueux lundi 12 septembre 2011

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :



Pendant que les gazetiers jouent les coquettes ou les vierges effarouchées, Martine Balout et José Correa choisissent l’enclos du Coderc pour présenter leur nouveau livre intitulé « Raconte-moi Périgueux ». Pendant ce temps si Michel Moyrand fait bande à part dans le quartier du Toulon tandis que son challenger tarde à rentrer dans l’arène. Jean-Jacques Dallemand rêve d’une commune libre de la place Saint Silain et Claude Tourenne passe de l’art capillaire à l’art tout court et du Coderc à Sainte Cécile.



Les copains se font tirer les oreilles pour effectuer leur rentrée des classes. L’été avec ses déconvenues tapageuses autour des caricatures sur Michel Moyrand, premier magistrat de la ville, a freiné les ardeurs des cinq compagnons qui ont du mal à se retrouver dans ces bisbilles. Question de générations. En attendant ils me signifient que leur rentrée se fera plus tard. Leurs propos sont amicaux mais convenus et fermes. Je n’ose penser à quelque mouvement de grève à la durée indéterminée. Les huîtres qui vont apparaître dans quelques semaines devraient nous réunir. En attendant, ne lâchant en rien sur ce rendez-vous hebdomadaire du Coderc je vais exercer ma solitude involontaire au soleil encore éclatant de ce second samedi de septembre.

« Il n’y a pas que le Coderc ! »

Fort heureusement, le Coderc n’est pas une Thébaïde et ne connaît pas la quarantaine, encore moins la retraite. Son esprit qui rayonne alentour m’enveloppe dès les premiers pas. C’est donc sans feuille de route que j’aborde le rivage de cette terra incognita toujours renouvelée. Je me sens quand même l’esprit chagrin.
En chemin, je trouve notre bon maire, Michel Moyrand que je salue avec la déférence due à la fonction mais aussi le plaisir de le voir afficher un sourire bienveillant à mon endroit. « Il n’y a pas que le Coderc ! » me lance-t-il en me tapotant l’épaule. Entouré de son chef de cabinet et de deux adjoints il s’enquiert des réclamations autant que des satisfécits des habitants du quartier du Toulon.

Force est de constater que malgré quelques échauffourées autour de l’intercommunalité les polémiques pétrocoriennes sont en berne. Les esprits semblent résignés et la crise figent les anxiétés. Mais pas seulement. Il se développe un fatalisme et une soumission étranges et inquiétants. D’ailleurs, le repli de mes mousquetaires illustre cette orientation. On est loin du « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. Poursuivons.
 

« Raconte-moi Périgueux »

Maryline Bernet, Annie et Max Naboulet entourant Martine Balout
© 10/09/2011 Pascal Serre
Martine Balout et José Corréa ont donné rendez-vous chez Maryline Bernet qui officie au magasin de presse de notre délicieux enclos du Coderc. L’animatrice de l'architecture et du patrimoine, et l’incontournable peintre et illustrateur ont commis un bel ouvrage à destination des fervents de notre bonne cité : « Raconte-moi Périgueux »… Tout un programme dans lequel les deux fourmis savent nous entraîner avec un enchantement et une curiosité insatiables.

Malheureusement José a dû s’absenter pour se rendre à la bibliothèque mais Martine ne tarit pas de propos pour partager leur passion commune. Efficacité et gentillesse assurées avec un quasi fan club aux visages et amitiés bien entretenues. Entre deux dédicaces, Martine, se dit confondue par cette affluence qui ravit de toute évidence notre hôtesse bien connue, Maryline.

Annie et Max Naboulet qui tiennent en ces lieux un éventaire de fruits et légumes se prêtent de gaité de cœur à la photo de famille. Chaque samedi, venus de Sainte-Marie-de-Chignac, ils entretiennent la tradition familiale depuis plus de soixante ans. Outre les fruits et légumes ainsi déversés pour le plus grand bonheur de tous, le couple affiche une ardeur affirmée à participer aux actions d’animation de Martine Balout. Et de me dire : « C’est toujours l’occasion de découvrir Périgueux même si nous pensons tout savoir elle nous surprend toujours par quelques découvertes… »
Raconte-moi Périgueux (nouvelle édition enrichie) de Martine Balout, illustré par José Correa aux éditions La Lauze10/09/2011 © Pascal Serre

Dans ce livre, nos deux compères – Martine et José – livrent quelques surprises issues de leur appétence pour Périgueux. Ainsi, l’alliance de quelques demeures à des personnalités éminentes si ce n’est étonnantes, procure des découvertes inédites pour quelques vieux périgourdins qui oublient, par habitude ou par indolence, d’approfondir les secrets tout juste voilés. Ainsi Georges Goursat dit Sem, caricaturiste dont la famille logea place de la Clautre « dans la belle maison à tourelle au numéro 4 » et le grand-père qui exerçait le métier d’épicier dans la rue de Denfert-Rochereau ; c’est aussi Émile Goudeau fondateur du club des Hydropathes et à l’origine du Chat Noir sur la butte Montmartre à Paris qui conçut la belle façade du 6 rue du Palais vers 1850 ; ou encore Victor Hugo et sa maîtresse qui font halte à l’hôtel Gros de Beler… Mais je m’arrête ici vous laissant l’ivresse de la découverte au fil des pages de cet ouvrage sobre et intime à la fois.

Jean-Jacques Dallemand et Charles MouraMichel Moyrand
Jean-Jacques Dallemand et Charles Moura, professeur de son état mais avant tout grand observateur du Coderc
Michel Moyrand, premier magistrat de la ville
10/09/2011 © [1] & [2] Pascal Serre

Michel, Laurent, Jean-Jacques et les autres…

Michel Grégoire chapeau vissé sur la tête et lunettes noires solidement campées file doucement entre deux étals.

Michel Grégoire, auteur de « Périgord, 100 lieux pour les curieux » (voir ici) étranger à cette manifestation semble déguster quelques impressions pour son éternel cahier de rentrée. Le voici déjà disparu dans la petite foule qui grouille, dense, brouillonne et pourtant ordonnée dans un rituel immuable.

Passe Laurent Truchassou qui se dirige vers la halle où il a ouvert en décembre dernier un dépôt de sa boulangerie située rue Limogeanne. De père en fils, originaire de Saint-Saud-La-Coussière, patrie du « veau sous la mère », son adresse est une des plus réputées de la ville. Le jeune homme ne rechigne pas au labeur et sa personnalité sémillante et déterminée est bien connue.

Nos enfants ayant fréquenté les mêmes écoles nous nous connaissons fort bien. C’est avec un large sourire qu’il m’invite à le suivre jusqu’à Nelly qui choie les clients. Déposant son sac rempli de pains qui dégage cette odeur si caractéristique d’une bonne association de farine, eau, sel et levure et d’une cuisson équilibrée qui précède le détournement, Laurent me lance : « Beaucoup de personnes viennent sur le Coderc et ne vont pas dans la rue Limogeanne. Il n’y avait plus de boulanger, j’ai pris la place et j’en suis très content. »
Laurent Truchassou se dirige vers la halle où il a ouvert en décembre dernier un dépôt de sa boulangerie située rue Limogeanne10/09/2011 © Pascal Serre

Sortant de la halle encombrée de ménagères aux cabas déjà bien remplis me voici face à Jean-Jacques Dallemand et Charles Moura, professeur de son état mais avant tout grand observateur du Coderc. Tous deux sont en grande conversation au bar qui fait face à la bâtisse dessinée par Catoire.

Comment oublier qu’ici un certain abbé Chabot, le curé rince-goulot, avait fait de ce lieu une étape picaresque dans le « Tour de Périgueux » ?

Jean-Jacques Dallemantd, le maire auto-proclamé de la commune libre du Coderc n’est pas peu fier. Le journal local, la Dordogne Libre lui a réservé quelques lignes bien senties par Jean-Baptiste Marty.

Notre poète s’élance sur une commune libre la Place Saint-Silain vacante dans son imaginaire fécond et généreux. Un maire se trouve élu par son évidence élémentaire à la façon Sherlock Holmes s’adressant à son dear Watson... Alors ? Qui ?... « Francis Delpey ! » dit-il.

Ce dernier est plutôt un habitué des fourneaux et du tiroir-caisse pour se laisser entraîner dans un rôle qui ne lui permettrait plus d’être bien avec un tel ou un tel selon les besoins. Mais ce bouillant et généreux acteurs de la vie locale pourrait trouver là un rôle à sa mesure. Au diable la poésie et en avant pour les festivités du Sixième sens. A suivre.

Autour d’un café il m’invite à lui rendre visite sur son site Marine poésie afin de découvrir son travail d’un été qu’il a souhaité appliqué et fertile. Il a ainsi mis une touche finale à son troisième tome de « Éloge du pays vésunien ».

Du Coderc à Sainte Cécile

Me dirigeant vers la place Saint Silain, je rencontre Claude Tourenne. Ce dernier est connu pour son Institut capillaire désormais situé rue André Saigne mais qui a vu le jour en 1981 avant de contribuer à la vie du Coderc entre 1988 et 2005. Une brillante réussite qu’il a prolongé avec ses amis Daniel Bordas ou encore François Lachal en créant dans la galerie Sainte Cécile la Galerie du Passage en novembre dernier. Gilles Ferrolliet en assure la direction artistique.
Gilles Ferrolliet et Claude Tourenne dans la Galerie du Passage10/09/2011 © Pascal Serre

Me prenant par le bras, Claude Tourenne m’invite à découvrir ce lieu discret mais bien connu des esthètes qui en garantissent la délicate destinée. On le sait de mieux en mieux le Coderc se révèle par delà les limites d’un urbanisme trop réducteur quand il s’agit d’un état d’esprit qui en fait la personnalité. Le Coderc c’est l’anti-bastille, c’est un vaste espace qui ouvre sur le monde.

François Weber est l’hôte du moment et ce jusqu’à fin septembre. Ce Périgourdin a engagé un travail passionné sur les flous que l’aquarelle lui a révélé. Il sera suivi par Jean-Jacques Lantourne, premier prix de Rome et qui écrit : « Que chacun trouve dans mes réalisations une part de son ailleurs secret ! » À suivre...


Périgueux insolite et secret

Voici que sonne le carillon de la cathédrale. Un, deux, trois… douze coups. Il est déjà midi. Petite rentrée en demie teinte. Autour de moi les ombres se déploient doucement, lentement. Place Saint Silain où je passe, de sourds murmures presque étouffés me font visiter les tables dressées et déjà occupées. Peu de visages connus, le touriste est encore au rendez-vous des mystères, secrets de cette petite place aux dimensions encore confidentielles. J’ouvre le livre aimablement confié par Martine Balout et lit sa dédicace : « pour une découverte d’un Périgueux insolite et secret… »

Oui, malgré cette torpeur presque automnale, en dépit des humeurs du moment de mes gazetiers, la magie de Périgueux est intacte, souveraine et presque rebelle. En fait, peut être ne suis-je qu’à une prolongation de la trêve estivale. À la semaine prochaine si vous le voulez bien.
Auteur : Pascal SERRE



Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Anonymous Christine , le 14 septembre 2011 à 09:57  

Contente de retrouver le cancan toujours people mais ça manque effectivement de punch. On aimerait retrouver un peu plus de mordant sans pour autant verser dans la... caricature

Commentaire de Anonymous Christophe Landet , le 16 septembre 2011 à 21:11  

Le ronron perigourdin est bien habillé. C'est vrai que majorité et opposition municipales jouent les prolongations dans l'absence d'action. Le billet reflète bien la grisaille qui augure rien de bon. Reveil douloureux en perspective

 

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