Des maquettes pour refaire le monde mercredi 29 août 2012
Au fil de l'Isle Chaque semaine retrouvez sur Périblog les chroniques ou d'autres textes rédigés par Alain Bernard
Agnès et Olivier Doizy viennent de livrer une maquette de la future tour de 630 mètres de haut à Séoul. Depuis, ils reproduisent, en miniature, des bâtiments conventuels.

Ils font partie de ceux qu'on appelle les Néo-Périgordins. Après Marne-la-Vallée puis l'Auvergne, ils ont choisi, avec leurs deux enfants, le hameau de Puybely, à Cherveix-Cubas, pour exercer au vert un métier fort mal connu : celui de maquettistes. Agnès et Olivier Doizy notent en riant que, pour le code APE, il se trouve, allez savoir, classé du côté des traducteurs-interprètes, ce métier artisanal est rétribué au forfait, selon des contrats très variables.

Ils viennent de livrer la maquette d'une future maxi-tour de Séoul en Corée du Sud, dont la hauteur sera de 630 mètres, au hit-parade de celles déjà construites dans les pays du Golfe ou en Malaisie. Mais après ce chef-d'œuvre de modernité, ils ont enchaîné sur la maquette d'un couvent de Dominicains à restructurer à Paris.
Pourquoi cette boulimie de réalisations ? Ils ne cachent pas que les commandes sont très aléatoires :
A noter qu'à cette échelle, on évolue dans les 2 mm par mètre. Les maquettes vont du 1/100e au 1/1000e, et le 1/500e est courant.
De Chicago à Nouméa et Osaka
Six mois à huit maquettistes ! Voilà qui donne une idée de la minutie d'un travail où par ailleurs les relations personnelles jouent également un rôle énorme. S'ils regrettent de ne pas davantage intéresser leur département d'adoption, Agnès et Olivier parlent volontiers des rapports de confiance qui les lient à certains grands architectes.
C'est le cas de Renzo Piano, le père de Beaubourg, pour lequel ils ont non seulement conçu la maquette du nouveau Musée des beaux-arts de Chicago, mais aussi celle du très audacieux Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa, aux formes ovoïdes (par ricochet, ils ont aussi pu, après celle-ci, signer la réplique de la case de la Cité de l'architecture de Chaillot, à Paris).
Le même Piano leur a aussi proposé la réplique, sur 1,80 mètre de haut, de la nouvelle tour LBC de Londres, afin de simuler des rajouts sur le véritable édifice. Coïncidence : ils avaient la main puisqu'ayant récemment travaillé sur la grande tour lancée à Turin.
La Cité Internationale à Lyon - Renzo Piano © DR
Une vieille histoire
De Monaco (le port) à l'Extrême-Orient (TGV à Pusan en Corée du Sud encore, aéroport d'Osaka) en passant par Brazzaville (immeuble de luxe) ou beaucoup moins loin par Saint-Étienne (quartier à rénover du Château-Creux au 1/500e), les Doizy invitent à un tour du monde tout-à-fait original. Mais leur savoir-faire, aidé de matériel dans le vent (une coupeuse à bois laser) se réfère aussi à une longue histoire.
Le métier de maquettiste remonte en effet aux premières réalisations de l'architecte Brunelleschi au XVIe siècle qu'Olivier Doizy découvrit à l'école Boulle. Dans l'atelier des bois et des champs qu'ils ont aménagé depuis 2004 à Cherveix-Cubas, sous des effluves de bois de poirier, de châtaignier, de hêtre ou de tilleul, Agnès et Olivier Doizy parlent avec amour de leur rare spécialité. Ils ne s'accordent, au fond, qu'un seul mérite : celui de la minutie. Comme si la réduction du monde au 1/500e ou au 1/530e ne demandait pas des efforts aussi phénoménaux, mais à moindre échelle, que la conquête du vrai !
Auteur : Alain Bernard
Établissement Public d'Aménagement Euroméditerranée © DR
Pont sur la Loire - RFR © DR
La sucrière sur les docks à Lyon - Z Architecture © DR
Libellés : agnes-olivier-doizy, Alain-Bernard, renzo-piano
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