La veillée d’Austerlitz mardi 23 mars 2010

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire par Pascal Serre


En ce samedi 20 mars il y avait, sur cette désormais fameuse place du Coderc transformée en « plateau de Pratzen » (1) une sorte de « veillée d’Austerlitz ». La « Bataille des trois empereurs » : Moyrand, Peyrat, Mattera ou, si vous préférez Rousset, Darcos et Lassalle. La revue des troupes était presque achevée quand nous prîmes nos quartiers.

Cela faisait bien trois semaines que notre bande de copains n’avait pas investi les lieux du Coderc. En toute discrétion parce que nous avions à faire notre cancanage excitant nos réflexions populistes assumées. Cancanages affectueux pour ces femmes et hommes que nous connaissons par nos médias locaux mais aussi par les petits ragots que nous ramassons pour faire nos fagots à décrypter avec délices chaque semaine.

Cette fois nous avions élu domicile au « Petit Chef ». En terrasse car le temps était clément sur le coup de nos dix heures trente habituelles. Nous sommes au complet – Jean-Paul arrive un peu plus tard -. Ce seront cinq cafés bien serrés.

Demain c’est le second tour des élections régionales. Ils — les candidats — sont passés, les uns — comme Michel Moyrand — vers 9 heures ; les autres s’annonçaient — comme Philippe Cornet — vers 11 heures ou Florimont Carton (Modem) plus afféré à sa distribution de tract. On y croisait aussi des jeunes comme Fabrice Mathivet (écologiste, maire adjoint) ou encore Matthieu Druillole patron des socialistes de Périgueux. Et d’autres, plus obscurs mais tenaces dans leurs convictions et leur foi en la victoire selon leurs humeur ou contrainte. Mais tous ont visité notre Coderc. Nous en sommes fiers.

Mais, nous avons été frappés, par le peu d’enthousiasme. Une torpeur inhabituelle semblait présider à ces passages presque imposés. « Bah, les jeux sont faits ! » tomba Christian qui posait son chapeau.

Pour nous, c’était l’inverse. Une envolée dramaturgique, lyrique qui vit presque se dessiner quelque dyslexie amicale au lendemain de ce premier tour à haute valeur politique de notre point de vue de « Codercien ».

Christian, ancien de la « Préfectorale » se fit le défenseur absolu de la relativité du vote à gauche de cette ville qu’il connaît depuis 1940 : « Non, la gauche n’a pas la majorité ! Ce sont les abstentionnistes qui sont majoritaires. Périgueux, c’est le radicalisme socialisme que j’ai connu après guerre et puis la période Guéna. C’est ça la vraie attente politique des Périgourdins. Périgueux est une ville bourgeoise, conservatrice qui ne se livre pas comme ça aux aventures… »

Propos qui firent bondir René, notre ancien cheminot : « Me fais pas rire. À part les bureaux du centre ville et encore la Droite a perdu ses repères. Mes copains du parti (communiste –ndlr-) ne sont pas contents de cet accord bancal avec les socialistes et je ne sais pas si je vais voter pour eux demain… Mais au point de dire que Périgueux est à droite je dis non. On a eu un maire communiste (2) avant-guerre et le vote communiste reste encore important même si j’ai rendu ma carte. »

Alain, ancien commerçant, se veut plus modéré mais a la dent dure contre Xavier Darcos : « On avait un bon maire. Il a fait comme Jospin aux présidentielles, au premier échec il est parti. Le résultat de la Gauche c’est parce que Darcos n’était pas à la hauteur de Guéna. Darcos est le seul et véritable responsable de la victoire de la Gauche à Périgueux. Je lui en veux. Et la descente aux enfers n’est pas achevée. Philippe Cornet veut faire de cette élection un sondage c’est une erreur. Le bougre est sympa mais il a en face de lui un adversaire (3) qui travaille dur même si ce qu’il fait ne me convient pas. »

Bernard, qui travailla à la mairie jusqu’en 1997 dodeline de la tête et reprend : « Je crois que Périgueux n’a plus d’ambition. Darcos a déserté en rase campagne. Il faut le dire. Ça n’enlève rien à ses qualités mais la politique périgourdine ne l’intéressait pas. Moyrand ? Il fait tout ce qu’il peut. Mais il applique un programme que personne n’avait lu parce que on ne pensait pas qu’il serait élu. Personne ne peut lui en vouloir et je dirais même que le vote de dimanche dernier ne le conteste pas réellement sans l’approuver non plus. C’est bien dans cet abandon que se justifie l’abstention massive ». Se tournant vers Christian : « Tu parlais de Guéna mais n’oublie pas qu’il a été aussi très contesté et que maintenant on le porte au pinacle. Avec le temps on a tendance à enjoliver les choses. »

Les propos de table sont aussi chauds que les cafés qui viennent agrémenter notre table. Pour Jean-Paul, ancien artisan arrivé tardivement de son quartier Saint-Martin : « On va pas se disputer pour çà ? Il faut attendre que le second tour soit passé. Mais, je vous le confie : je n’ai pas voté et je ne voterai pas dimanche car depuis 1981 je vais de déception en déception. Tout ça me dépasse. Je me demande même si nos candidats ne sont pas eux-mêmes dépassés… »

Jean-François-accordeoniste-a-Biras
Jean-François de Biras, accordéoniste : « ...je ne veux pas me faire connaître, je suis bien ainsi. »
Christian, notre patriarche, érudit s’il en est, se lève, et, façon d’écarter la polémique s’exclame : « Rappelez-vous le récit de la bataille d’Austerlitz par le cavalier Blanche : l'Empereur était immobile. Autour de lui, ses officiers d'état-major. Il levait le bras et le premier venait prendre les ordres et ainsi de suite. Vers le milieu de la journée et alors que la bataille battait son plein, lui descendit de cheval et se fit étendre une couverture. — La bataille est gagnée — dit-il, et il s'allongea. Il s'endormit tandis que le combat continuait de se dérouler. »
Et Christian de continuer, « Dimanche soir, tous les candidats seront ainsi. Et nous, il faudra bien nous retrouver samedi prochain. On est trop vieux pour comprendre ce qui se passe. On ne va pas se fâcher pour ça ? »

Nous en sommes convaincus. Tellement assurés que nous nous séparons en ordre dispersé avec nos doutes, notre café avalé qui manquait à Virgile et qu’adorait Voltaire. Sans altérer notre tête et laissant s’épanouir notre esprit.

Face à cette impromptue interruption je décidai de musarder et me laisser guider par un air d’accordéon. J'arrivai sur Jean-François. Il habite Biras et vient depuis trois semaines sur le Coderc. Il est à l’angle de la place et de la rue Salinière. « Non, je ne veux pas me faire connaître, je suis bien ainsi. » me dit-il avec une voix effarouchée. Chapeau sur la tête, il semblait étranger aux évènements du moment et se réservait à la poésie d’une vie paisible, discrète. Ancien photographe il a choisi de vivre dans la simplicité et laisse virevolter ses notes jusqu’à nos oreilles pour nous guérir des pensées malfaisantes. Musique de rue, histoire sans parole, Jean-François a des notes chargées de cadeaux pour les amis qui lui clignent de l’œil à la porte de sa maison. Il sera là samedi prochain. Et d’autres encore. Un nouveau bateleur que Jeannot (4), le poète du Coderc, retrouvant peu à peu les doigts pour écrire une nouvelle ritournelle, une aubade à la vie que le printemps annonce, le cœur empli de poésie et s’oubliant ainsi aux éphémères urnes défaites aura bonheur à découvrir l’été venu.
Auteur : Pascal SERRE
(1) Lieu où se déroula en Tchéquie la bataille d’Austerlitz
(2) Marcel Delagrange 1883-1964 – maire de 1921 à 1925.
(3) Michel Moyrand, maire de Périgueux
(4) Jean Boussuges, poète du Coderc, se remet d’un accident cardiovasculaire et s’est remis à écrire.
Jean-Pierre Monmarson
Jean-Pierre Monmarson : « Le Vieux grognard de la place du Coderc a rendu hommage aux trois empereurs sous ses habits républicains. »

Pascal SERRE
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  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Blogger Jean-claude Bonnal , le 23 mars 2010 à 07:39  

Nos hommes politiques de gauche comme de droite ne font rien pour résoudre les vrais problèmes.C'est une honte de voir cela au grand jour! J.C Bonnal

Commentaire de Anonymous Saturne , le 23 mars 2010 à 15:05  

Cher Jean-Claude,
Voilà ce qui s'appelle un commentaire «définitif» !
Si vous avez trop honte de la politique actuellement affichée «au grand jour» -pour ma part je la préfère ainsi plutôt que dans l'ombre – profitez de votre propre talent pour vous engager vous-même dans la conduite des affaires de la cité...
Commencez par définir quels sont selon vous «les vrais problèmes», proposez-nous vos vraies bonnes solutions et il n'y a pas de raison pour que vous n'obteniez pas, alors, nos suffrages les plus sincères. C'est facile la politique, non ?
Rendez-vous donc au prochain scrutin !

Commentaire de Blogger piergusta , le 23 mars 2010 à 16:56  

Non nos hommes politiques ne sont pas des guignols, c’est pire. Ils se laissent aller à tenir des propos de guignols. A faire des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir quitte, par la suite, à se déjuger sans états d’âme.
Mais pourquoi ?
Parce qu’ils veulent une part de pouvoir pour réaliser leurs ambitions, au service des autres, d’eux-mêmes et peut-être aussi des deux à la fois et que sans pouvoir rien n’est possible.
Alors ils attisent les mécontentements, ils flattent les envies, ils stigmatisent systématiquement l’adversaire politique, comme si un seul camp détenait le monopole des bonnes idées.
Et ils finissent par lasser les gens raisonnables qui n’ajoutent plus fois à leurs propos.
Pourtant il nous faut des politiques pour conduire le pays. Vous voudriez briguer un poste ? Pas moi.
Donc je vote selon ma conviction si j’en ai une ou je dépose un bulletin blanc si je veux signifier que je n’ai pas trouvé de proposition intéressante et que je suis venu le dire.

Pierre
P.S Merci D.Martin, Georges pour vos propos et Jean Pierre, qui nous parle de quelque chose de sérieux.

Commentaire de Anonymous Nino , le 23 mars 2010 à 20:21  

Bonsoir William
On aimerait savoir qui est l'auteur de la magistrale photo de Jean-Pierre Monmarson.

Commentaire de Blogger Périblog , le 23 mars 2010 à 20:45  

Bonsoir Nino,
La photo de Jean-Pierre Monmarson a été prise samedi dernier par Pascal Serre. J'ai ajouté l'effet spécial que tu vois. Je m'occupe du recadrage et de l'optimisation des photos de Pascal et des miennes ainsi que de la mise en forme de tous les articles. Les photos comme les articles revêtent pour moi la même importance. W

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 24 mars 2010 à 01:00  

Je suis sur Périgueux depuis trois ans. J'allais sur le Coderc de temps en temps. Depuis que j'ai découvert Périblog je ne vois plus le marché de la même façon et j'y vais chaque semaine en cherchant sans les déranger cette bande de lurons sympas.

Commentaire de Anonymous Jean-François Cros , le 24 mars 2010 à 16:08  

Bel article pour une belle épitaphe... Xavier Darcos méritait mieux que cette exécution au petit matin telle celle du Duc d'Enghien, parce qu'il le fallait une victime expiatoire...

Commentaire de Anonymous Valérie , le 25 mars 2010 à 00:53  

Ce rendez-vous hebdomadaire dont on m'avait parlé réconcilie avec la vie simple et les gens simples de Périgueux. C'est bien écrit et la bonne humeur est présente. Les personnages sont attachants dans leur présentation. Ils entrent dans l'histoire par la petite porte de notre coeur. Merci à l'auteur. Ca m'a permis de connaître Périblog.
Quand à Darcos il faut que l'auteur le connaisse bien pour nous en faire apprécier ce portrait un peu inédit. Son départ est un non évènement. L'article ne gomme pas totalement la morgue de l'ex beaucoup de choses.

 

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