C'est un joli nom camarade lundi 15 mars 2010

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire par Pascal Serre


Comme chaque samedi, sur cette place du Coderc une sorte de plénitude et de naïveté apaisent le poète à l’éternelle âme d’enfant. Je sais, je me répète, mais c’est si bon. Dans une semaine c’est le printemps.

Jean Ferrat (1930 - 2010) par Georges Neuvecelle
Jean Ferrat (1930 - 2010) par Georges Neuvecelle ( Droits Réservés )
L’insouciance ensoleillée me rendait joyeux et encore plus avenant. Question de nature. Méridionalité ? Le mot n’existe pas. Peu importe, j’ai envie d’inventer. Pour le plaisir.

Et pourtant, le mouvement perpétuel de l’horloge du temps nous rend tous égaux devant l’inconnu grand voyage que nous oublions avec une aisance salvatrice. Ce samedi matin c’était le cas.

Signe prémonitoire, les camarades habituels étaient venus plus tôt, trop tôt. Une sorte de rendez-vous manqué. Un signe irrévencieux au jour futur où l’on se demande « homme de cinquante ans qu’avez-vous fait du monde ? » (1) Nous le croyons pour l’éternité ayant la délicatesse de nous laisser l’abandonner avant qu’il ne gagne ce « monde où il est interdit d’interdire » (2).

En ce petite matin, pas si loin finalement, Jean Ferrat arrivait à l’hôpital d’Aubenas, en Ardèche pour cesser de nous dire « celui qui chante se torture » (3). Quelques coups de balanciers supplémentaires et « il s'assit dans cette campagne et ferma les yeux pour toujours . Au dessus des eaux et des plaines ; au dessus des toits et des collines un plein chant monte en gorge pleine est-ce vers l’étoile Hölderlin ? Est-ce vers l’étoile Verlaine ? » (4)

Francesca Solleville née à Périgueux en 1932 deviendra une proche amie de Jean Ferrat
Comment, devant le clavier se refuser à cette émotion qui me trouble là où se niche le décisif, le blême passage vers l’impénétrable ? « Le Cancan du Coderc » est aussi orphelin que la France.

Faut-il rappeler la chanteuse Francesca Solleville née à Périgueux en 1932 et qui deviendra une proche amie de Jean Ferrat dés 1962 ? Cette année-là paraît le premier album 25cm de Francesca « Récital N°1 » où elle chante les poètes Paul Fort (« La Marine » mis en musique par Georges Brassens), Charles Baudelaire, Louis Aragon avec la chanson « J'entends, j'entends » de Jean Ferrat.

Autre signe les rencontres du moment furent toutes, comme le rappelait Jean Ferrat « résolument signées du sceau d’une fraternité, d’une dignité et d’une poésie discrètes. » (5)

Maurice Melliet
Maurice Melliet : Président d’Emmaüs Périgord et Président des « Hydropathes ». Un nom, un visage, une trogne et un sacré caractère. Un personnage comme on les aime et auquel on pardonne tout
Contact : 05 53 53 50 50 / persona.grata(arobase)wanadoo.fr / emmausperigord(arobase)orange.fr
Maurice Melliet. Un nom, un visage, une trogne et un sacré caractère. Un personnage comme on les aime et auquel on pardonne tout. La barbe rebelle mais le regard si doux et tendre éveillé à la première souffrance, détresse ou solitude. Il pourrait « aimer à perdre la raison » (6). Un homme du Coderc. Un poète aussi. Tant mieux.

Nous nous sommes croisés chez « Calou » au Bar de la Truffe. Entre un café et un demi. Entre les amis et les nouvelles du jour. Notre jongleur de mots et d’émotions présente le numéro 100 du journal des Hydropathes (7) qui réunit au café associatif des Thétards rue de la Bride chaque dernier jeudi du mois une vingtaine de forgerons des lettres aux frissons intimes. Cent exemplaires. Pas un de plus.

Maurice Melliet n’est pas transparent. Il est arrivé à Périgueux en 1977. Il s’est engagé là où son cœur le guidait. La trentaine de sans domicile fixe de l’agglomération le connaît. Il les écoute, leur parle, les rassure, dit que demain arrive et sera meilleur. Maurice n’a pas le verbe aseptisé : « ici, on ne se préoccupe que du désordre causé aux bonnes gens. Pas des hommes qui souffrent. »

Maurice fut le pilier du carnaval durant 25 ans ; président d’Emmaüs ; engagé dans SOS enfants du Monde sur Haïti ; au Festival du Mime ; à l’Odyssée, aux Artisans d’Art ; membre honoraire du Club de la presse et président des… Hydropathes.

Jonathan Barbot
Jonathan Barbot : « J’ai 29 ans. Je suis de retour depuis juillet 2008 et je suis heureux ici. J’ai travaillé pour Gala, Le Monde, Le Louvre dans la photo de luxe. J’ai bénéficié de la Mention « Coup de coeur » de la 36ème Bourse du Talent. Le « Coderc » ? C’est mon chez moi… »
Jonathan Barbot. Juste au comptoir, alors que nous devisions ensemble, un jeune homme se retourna et se pencha vers nous pour se présenter : Jonathan Barbot, photographe. Nous l’accueillons et apprécions son propos : « J’ai 29 ans. Je suis de retour depuis juillet 2008 et je suis heureux ici. J’ai travaillé pour Gala, Le Monde, Le Louvre dans la photo de luxe. J’ai bénéficié de la Mention « Coup de coeur » de la 36ème Bourse du Talent : Espace, Paysage, Architecture pour la série Le manoir, 2008. » Et se tournant vers moi me dit : « Je lis Périblog et j’ai découvert que vous aviez eu aussi tout comme moi le parrainage de Marcel Bleustein-Blanchet ». Pour moi dans le cadre de la Fondation de l’avenir du Périgord, pour lui en qualité de lauréat 2004 du prix de l’Espérance de la fondation Marcel Bleustein-Blanchet pour la Vocation. Nous avons immédiatement pris rendez-vous avant qu’il reprenne la lecture de son journal. C’est ainsi que les générations se mélangent naturellement sur le Coderc.

Jean-Pierre Monmarson. Un peu plus loin nous entendons les roulements de tambour de Jean-Pierre Monmarson. Ce dernier, n’a de cesse de se faire reconnaître par les commerçants et la municipalité. « Cela fait plus de dix ans que je galère mais sans entamer ma bonne humeur » dit-il. Et c’est bien vrai qu’il est aussi un personnage du Coderc. un vrai garde champêtre qui donne un « cet air de liberté au delà des frontières » (8). C’est un patrimoine vivant que quelques euros pourraient satisfaire mais le monde est si imparfait…Jean-Pierre Monmarson
Jean-Pierre Monmarson : « Cela fait plus de dix ans que je galère mais sans entamer ma bonne humeur » dit-il. Et c’est bien vrai qu’il est aussi un personnage du « Coderc ». un vrai garde champêtre qui donne un « Cet air de liberté au delà des frontières »
email : jean-pierre.monmarson(arobase)sfr.fr
Jonathan Barbot, Alain Bernard, Marie Monset, Maurice Melliet, Christian Dupey
De gauche à droite : Jonathan Barbot, Alain Bernard, Marie Monset, Maurice Melliet, Christian Dupey
Contact Marie Monset : 06 50 62 19 31
Christian Dupey, visage connu mais volontairement discret se fraye un passage après avoir travaillé dans la restauration gastronomique et qui demeure dans le quartier de l’Aubergerie ; Marie Monset, cuisinière à domicile, ravissante et dynamique qui est une habituée du Coderc mais s’y attarde pour le plaisir « c’est un moment où je respire l’air de Périgueux avec joie. C’est nécessaire à mon travail. »

Francois Martins : « Le Coderc c’est la vie ! C’est une seconde famille et même pour certains la première ! »
Francois Martins. À l’intérieur du Bar de la Truffe un visage se dessine : Francois Martins. Il est vice-président de la Fondation du Crédit Agricole de Périgueux et s’est particulièrement impliqué dans les épiceries solidaires : « Le Coderc c’est la vie ! C’est une seconde famille et même pour certains la première ! »

De la rue Limogeanne arrive à grand pas Henri-Pierre Millescamps, notre expert en livres anciens. De celle de Salinière c’est Alain Bernard, le journaliste au canotier. Nous voici au cœur du Coderc à l’heure où les balayeuses entament leur… ballet. On dérange un peu. Mais les employés municipaux nous connaissent et c’est un jeu amical qui s’engage afin de conserver notre chaussure sèche. Il est déjà treize heures quinze. Comme toujours, on trule (9).

Oui, Monsieur Ferrat, sur « Notre Coderc », c’est un joli nom camarade.
Auteur : Pascal SERRE
(1) Jean Ferrat : « Un jour futur »
(2) Jean Ferrat : « Un jour futur»
(3) Jean Ferrat : « Les Poètes »
(4) Jean Ferrat : « Ma France »
(5) Entretien en 1965 à Périgueux avec Robert Delfour, Journaliste au “Populaire du Centre” »
(6) Jean Ferrat : « Aimer à perdre la raison »
(7) Hydropathes. Club créé en 2000 en hommage à Émile Goudeau né à Périgueux en 1849, décédé en 1906. Journaliste, romancier et poète qui fonda le cercle des Hydropathes sur la butte Montmartre en 1878. On y associait bonnes libations et belles plumes
(8) Jean Ferrat : « Ma France »
(9) Terme usuel Périgordin qui signifie on passe le temps sans objet particulier


Pascal SERRE
Membre :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Blogger Jean-claude Bonnal , le 16 mars 2010 à 12:15  

Bien de rendre un hommage à ce grand poète Jean Ferrat notre maître à tous et ne pas oublier celle qui chante si bien ses chansons: Isabelle Aubrey! Jean-claude Bonnal

Commentaire de Blogger Pierre , le 16 mars 2010 à 15:56  

Merde! mais pouquoi cet article m'a
t'il mis les larmes aux yeux? La disparition de Jean Ferra,bien sur.
Mais aussi le reste,Jean Pierre Monmarson et les autres rèveurs, c'est si rare.L'émotion surement.
Pierre

Commentaire de Anonymous Chantal , le 16 mars 2010 à 17:49  

Merci pour cet hommage.
Un poète nous a quitté et nous laisse orphelin.
J'aimais et j'aime encore écouter chanter Jean Ferrat et je ne m'en lasse pas.

Adieu l'ami !!!
Adieu poète !!!
Adieu toi qui chantait la vie.
Adieu toi qui chantait, au plus profond de ton être, l'amour et la joie des êtres.

Tu as rejoins Aragon, ton maître.
Tu as rejoins celui que tu chantais et que tu nous as appris à aimer.
Tu as rejoins Elsa Triolet que tu savais si bien chanter.

Poète tu étais, poète tu resteras ...

Comme tu le dis dans une de tes chansons ... si je mourais là bas ..
Maintenant, tu es parti là bas ...

Commentaire de Anonymous Jean-pierre Caron-lys , le 17 mars 2010 à 13:43  

Il est des mots qui perdent de leur essence. Lorsque j'étais petit, on avait un copain, plus tard un camarade, parfois un ami ....

Ce terme " camarade" s'est chargé de valeur dans la bouche des résistants communistes dans les années 40.
Par respect, je n'ai plus osé l'employer depuis que Jean Ferrat l'a chanté, en 1968, je crois .....
JP

 

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