Vous avez pas l’air d’avoir la frite les gars ! lundi 4 janvier 2010

Le cancan du Coderc avec Pascal Serre


Il est un peu moins de treize heures ce samedi 2 janvier. Ce n’est pas vraiment l’heure pour découvrir le spectacle du marché. On a plutôt l’impression que les artistes sont partis que les derniers employés du cirque débarrassent et que les derniers véhicules s’en vont vers une destination toujours mystérieuse. C’est la valse presque viennoise des balayeuses de la ville.

Le soleil est magnifique mais le froid dur, sec. Un temps de saison comme on dit en Périgord. Ce n’est pas la grande forme. Alain Pichard, « Le Roi de la Galette des Rois », chapeau vissé sur la tête, les mains dans les poches n’entre même pas prendre un café au Coderc. Pour lui, l’année sera tristounette : « Vous ne croyez pas que ça va changer à Périgueux. Au contraire. Je le vois bien. Même le salon du Livre Gourmand doit foutre le camp… Et moi je voudrais en faire autant »

Tout proche le rôtisseur Dupuy a fermé sa boutique et l’odeur des volailles s’est depuis longtemps dispersée. La terrasse de La Truffe est telle le désert en plein midi. A l’intérieur c’est bourré comme une de ces maisons gonflées pleines à craquer dans nos bons vieux dessins animés. « Michel Moyrand devrait être content enclenche mon ami l’expert en livres anciens, il n’y a pas une voiture sur la place, c’est la réussite de « Cœur piéton ». Notre localier de l’étape, Alain Bernard n’est pas de la partie. Il est à Londres. Un avocat roumain, habitué de Périgueux nous salue et nous dit qu’il va déjeuner dans « son auberge préférée » : le Grain de Sel. Nous l’alertons d'une éventuelle fermeture… Ici, c’est pas Paris. Deux parisiens nous hèlent car ils ne trouvent pas de lieu pour déjeuner. Brusquement nous voici en panne de cordes vocales. Notre petite marchande d’huîtres a chargé son camion. Elle nous fait la bise et dit : « vous arrivez trop tard les garçons et puis il y avait personne. »

Nous poursuivons notre balade et retrouvons Francis Delpey, toujours fidèle au poste. C’est qu’il a deux boutiques : le sixième sens sur la place Saint-Silain et Noug@tine place de la mairie. Il ronchonne bien un peu comme toujours mais il est un vrai professionnel. Le bougre a du nez pour vous donner la tendance et les derniers potins commerciaux de la ville: « la situation n’est pas très bonne mais ça aurait pu être pire. Faut pas tout mettre sur la mairie. Les gens n’ont pas d’argent. Et puis, regardez, tout le monde est fermé. Faut pas se plaindre après. Moi je bosse… »

Ah ! Voici notre ancien fonctionnaire du Conseil général : « De quoi parliez-vous ? » Et faisant chorus : « des fêtes et de Périgueux. » Toujours l’accent pointu il entre dans la conversation : « J’ai lu Le journal, ils écrivent que la patinoire n’a pas attiré les foules. Pourtant, honnêtement elle semblait bien placée, près des cinémas, de Monoprix et de l’Office du Tourisme : « Ca a été un flop ! À force de vouloir faire tout différent de Darcos on se plante partout » nous dit Philippe Cornet qui arrive le pas rapide pour entrer chez Francis. L'ancien maire-adjoint, chef de l’opposition est frigorifié mais toujours le sourire en campagne. « Arrête Philippe, rétorque notre retraité de la SNCF – vieux communiste – qui nous cherchait dans la ville, tu pourrais être mon petit fils ! Change de disque ! ».

Le ton monte un peu, mais avec une affection toute méridionale : “ Et vu veux qu’on parle du départ du musée du Trompe-l’Œil ? renchérit notre retraité du Conseil général, Anne-marie Chevrier est venue en 2001 avec Darcos et personne a rien fait depuis l’arrivée de Moyrand pour qu’elle reste. Ici, parfois, on est un peu ploucs. On est politicien avant d’être intelligent. Vous verrez qu’à Paris ça va marcher tout comme le salon que monte paraît-il Cointreau en février qui s’occupait du salon du Livre Gourmand à un moment à Périgueux. On dit que c’est pas un concurrent ! Mon œil ! Il est plus malin il a compris c’est tout.” Et le Maître de l’opposition de confirmer.

« Bon, les gars, interpelle notre libraire attitré et attristé, on fait quoi ? » Tout le monde s’accorde à retrouver le Café du Coderc pour prendre un demi et quelques cacahouètes. Ah ce n’est pas royal mais ça maintient les traditions. Il est plus de treize heures trente. Nous passons devant chez le fourreur Boutis qui est fermé : « lui, il a dû morfler » sort Bruno, l’artiste dont l’appartement a brûlé récemment et que l’on croise. « Pas sûr, plutôt l’inverse, dit notre libraire. Les gens qui ont de l’argent achètent ce qu’il y a de plus cher. Ce sont les autres qui ont même vendu leur porte-monnaie… »

La petite bande s’est péniblement reconstituée. Cahin-caha elle salut Francis en passant ; puis arrivé devant le « Coderc » pousse la porte. Une table de prise sur les cinq. « Vous avez le choix les copains » dit le barman. En commandant nos demis et quelques cacouhètes, le barman s’exclame : « vous avez pas l’air d’avoir la frite les gars ! »

Notre retraité de reprendre : « On ne s’est même pas souhaité la bonne année ! » Se retournant pour nous regarder une jeune fille qui achète des cigarettes nous lance : « Ca change quoi ? » On s’est tous levé pour lui faire la bise et lui présenter nos vœux. Elle rit aux éclats : « Et bien vous au moins ! » Nous étions redevenus heureux et la mousse pouvait se déposer sur nos lèvres bénies par un aussi joli minois. L’année sera bonne. Si, maintenant on peut vous souhaiter nos vœux. On y croît parce que tout simplement il y a toujours de la bonne humeur sur la Place du Coderc.

PASCAL SERRE
Rédacteur en chef :
  • JOURNAL DU PERIGORD
  • DIRELOT
  • DORDOGNE PERFORMANCES
Membre :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)


La place du Coderc côté Bar de la Truffe
La place du Coderc, côté Bar de la Truffe

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Commentaire de Anonymous BQ , le 4 janvier 2010 à 18:16  

Même les Cancans sont agréables à lire ...... et moi qui n'aime généralement pas , là je me régale sur la manière de l'expression, comme d'hab. et quelque soit le sujet ........

Merci encore pour ces bon moments .....

Brigitte

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 4 janvier 2010 à 22:41  

j'avoue je venais de me désinscrire ce matin, pourquoi ? je ne sais pas trop, sans doute que je ne viens pas assez souvent vous lire, alors je me disais avec toutes ces pubs que je reçois...marre....j'ai fait du ménage, je me suis désinscrite de pleins de sites qui ne (me) servent à rien qu'à perdre mon temps, et puis j'ai eu un petit message qui me disait : dommage que tu te sois désinscrite.... alors ce soir je suis revenue comme ça pour lire les "derniers cancans de la place du Coderc" ça m'a bien plu et j'avoue que j'aurais bien aimer être cette jeune fille à qui vous avez fait la bise pour le nouvel an, moi personne ne me la faite cette bise du nouvel an, c'est pourquoi je souhaite à toute l'équipe une merveilleuse année 2010 avec pleins de cancans aussi charmants,
amicalement,
Lilian

Commentaire de Blogger Periblog , le 5 janvier 2010 à 13:57  

Et bien Lilian reçois de Pascal et moi quatre grosses bises virtuelles sur tes joues roses et accepte nos meilleurs vœux pour une nouvelle année pleine de santé et de bonheur. W

PS j'espère que la lecture de ce cancan t'aura donné envie de te ré-inscrire...

Commentaire de Anonymous François , le 5 janvier 2010 à 15:22  

Vos commentaires sur Périgueux et son
microcosme sont remarquables, en particulier autour du Coderc et de Saint
Louis. A bientôt

François

Commentaire de Anonymous josie , le 6 janvier 2010 à 23:27  

Merci William pour tes voeux que je te retourne avec grand plaisir !
A bientôt !

 

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