La rose pourpre de Bernard Cazeau mardi 19 juin 2012

Les législatives 2012 Un compte-rendu politique impartial, rédigé par le journaliste Pascal Serre

Alors que la gauche possède tous les leviers en Dordogne, un homme s’est fait discret : Bernard Cazeau. Le sénateur et président du Conseil général est pourtant l’artisan de ce triomphe venu d’outre-tombe.

Qui se rappelle du Parti socialiste de la Dordogne au début des années 90 ? La fracture du congrès de Rennes et une troïka à la tête de la fédé Périgordine pour composer avec les courants ; l’élection truquée de 1992 qui voyait un vieillard, Alexis Félix élu au bénéfice de l’âge à la tête de l’assemblée départementale après un premier round où un conseiller général de droite avait été subitement  placé sous hypnose et votait pour le président sortant, Bernard Bioulac. Dans des convulsions qui firent rire la France entière, la Droite parvenait à enlever une institution tenue sans partage par la gauche depuis toujours.

Puis, ce furent les affaires, celle du Comité d’expansion et ses dérives qui désenchantèrent les militants et les Périgordins. Un mauvais solde de tout compte à une gauche qui s’était progressivement délitée.

Après deux années de gestion, la Droite menée par Gérard Fayolle cède devant l’unité retrouvée du Parti socialiste. C’est l’élection au perchoir de Bernard Cazeau.

Désormais, le médecin de Ribérac fera voler de victoire en victoire son parti.

Le Mazarin du Périgord


  Bernard Cazeau © Pascal Serre

Discret depuis son élection à la mairie de Ribérac en 1971 puis de conseiller général en 1976 sous l’étiquette des Radicaux de gauche Bernard Cazeau s’est attaché à se tailler un fief imprenable. Son passage au Parti socialiste s’est fait dans la plus grande discrétion mais avec un talent de tacticien évident.

Premier vice-président de Bernard Bioulac alors président du Conseil général, il prend garde de s’écarter des errements et foucades de ses amis avec une constance calculée. Son esprit, ses méthodes, son destin nous renvoient à une personnalité aussi forte que le fut celle du Cardinal Mazarin.

Dans ces années tourmentées chez les socialistes Bernard Cazeau déjoue les pièges des écuries électorales témoignant d’une aisance implacable quoique effacée.

Alors qu’il est élu en 1994 avec 27 voix, en 2011, il obtient 40 voix sur les 50 de l’assemblée départementale. Il entame son 7ème mandat de conseiller général aussi fringuant mais tout aussi déterminé.

Entre temps, Bernard Cazeau place ses hommes aux instances départementales du Parti socialiste en veillant à ne pas s’y impliquer directement. Il neutralise les rocardiens, les chevènementistes et autres jospinistes maniant la carotte et le bâton avec une habilité que d’aucun qualifierait de machiavélique.

En 1997, le voici sénateur de la Dordogne alors qu’un de ses amis, Jacques Monmarson, ancien socialiste, président de l’Union des maires tente de lui barrer le chemin. Ce dernier retournera dans le giron du parti socialiste, se verra offrir une Vice-présidence du Conseil général et la « pax Cazeau » en sera renforcée.

Les prétendues velléités de Germinal Peiro à saisir la présidence au docteur ribéracois seront tout aussi étouffées ou reportées. De même, il saura verrouiller chaque élection jouant prudemment de ses réseaux personnels.

En sous-main, le cabinet du président Cazeau ordonne les candidatures et organise les campagnes. La machine Cazeau fonctionne à merveille. Son directeur de cabinet, Arnaud Sorge, étant à la fois le Fouché et le Talleyrand-Périgord de la discipline socialiste. Bernard Cazeau sait qu’il lui faut s’occuper de ses ennemis et les affronte la tête et le verbe hauts.

Même s'il sait qu’il n’a pas besoin des communistes pour régner, il ne les délaisse pas pour autant. Avec la Droite il compose davantage avec des clients que des idéologues. Au nom de l’intérêt général mais aussi particulier.

Il reconnaît son admiration pour Yves Guéna et s’est fort bien accommodé en son temps de Xavier Darcos dont il appréciait la grande culture et les ambitions.

L’élection de Michel Moyrand à la mairie de Périgueux l’a surpris et les deux hommes redoublent d’efforts pour que leurs dossiers communs avancent.

N’oubliant jamais les dérives passées il veille à ce que son système parfaitement clientéliste ne puisse dépasser la ligne jaune. Il ne sera pas l’homme des casseroles.

Un homme à la discipline inflexible

En ayant choisi Dominique Strauss-Kahn dès le début, Bernard Cazeau a traduit son pragmatisme social-démocrate. Il ne s’est jamais désavoué dans ce choix ne mélangeant pas les qualités politiques et les dérives personnelles de l’ancien directeur-général du fonds monétaire international.

C’est ainsi qu’il a soutenu François Hollande par discipline et non par conviction. Mais il a guidé ses réseaux dans la Hollandie afin de préserver le futur. Une posture parfaitement raisonnée.

La perspective des élections cantonales de 2014 et celle des sénatoriales de 2017 entraîne déjà des rumeurs, des supputations.

Après vingt années de présidence, Bernard Cazeau cèdera-t-il son siège à Germinal Peiro ? La rumeur le prétend. Briguera-t-il un nouveau mandat de sénateur en 2017 ? Vraisemblablement.


Le départ d’Arnaud Sorge vers le Lot-et-Garonne relève-t-il du même souci de préparer une transition. Celui-ci, Ribéracois, pourrait ainsi prendre la suite de Bernard Cazeau au siège de conseiller général. Son poste en Dordogne ne lui permettant pas cette hypothèse.

En attendant, Bernard Cazeau reste le chef d’orchestre feutré et discret mais aussi, selon ses proches, tempétueux d’une réussite incontestée. L’ouverture d’un héritage est toujours un moment difficile où s’affrontent les disciples souvent longtemps contenus par un pouvoir qui, pour perdurer, doit être sans partage. En ce sens, on devrait observer le parfait ordonnancement né dans sa transition de maire qui a vu arriver un fidèle, Rémy Terrienne.

Ce sera-là un défi majeur qui signera la forte personnalité de Bernard Cazeau. Il y trouvera sa rose pourpre. La vraie couleur de la rose, symbole de passion fatale ou d’amour fou.


Auteur : Pascal SERRE



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Commentaire de Anonymous Anonyme , le 20 juin 2012 à 21:19  

Brillante analyse qui oublie quand même le caractère autocratique de m.cazeau. Ses colères et son clientélisme sont au delà de l'acceptable. Il y a dans le conseil général soit une allégeance bien rémunérée soit une peurde subir les foudres par (effectivement cabinet interposé) du pas forcément gentil président

Commentaire de Anonymous Yves Moreau , le 24 juin 2012 à 06:57  

Bravo pour cette présentation historique sobre, fine et pédagogique. Periblog gagne une crédibilité que les acteurs politiques doivent apprécier - c'est mon cas. A ceci j'ajoute la pudeur qui évite de tomber dans le populisme de certains journalistes qui confondent les genres et se mettent au-dessus du commun des mortels. Il est vrai que j'ai lu pascal serre par le passé et sa plume peut être mordante sans jamais se départir d'un regard disons affectueux...

Commentaire de Anonymous Jean-Pierre , le 25 juin 2012 à 18:32  

Juste et parfaite équilibre dans cette analyse brillante qui dit tout ou presque et souligne les qualités de stratège et d'élu local et national de Bernard cazeau. A encadrer et afficher sans modération. M. serre sait utiliser les mots pour ne rien laisser de ce qui se dit ou se murmure.

 

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