Jean Briquet : L’olivier et la pourpre dimanche 11 mars 2012

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :

Ordonné prêtre en 1946 à Périgueux, Jean Briquet, fils de Compagnon et franc-maçon, devenu Vicaire général du diocèse, servant trois évêques, s'est forgé l'image du « Cardinal » en référence à Richelieu. Dieu et l’Église lui servaient de modèles et d'outils pour servir sa foi. Il préféra l'olivier à la pourpre. Il s'est éteint le 15 février dernier.

« Ce matin, en ouvrant les yeux, je me suis senti heureux ; sans motif. » Ces quelques mots tout aussi sobres que lumineux relèvent d'un esprit qui sait aller à l'essentiel sans écarter la complexité de l'existence : Jean Briquet. Ce dernier, vicaire honoraire, s'est éteint dans le mystère de cette foi qui donne à un destin une dimension intime et unique. Né en 1917 à Limoges, Jean Briquet fut ordonné prêtre en la cathédrale Saint-Front de Périgueux en juin 1946. Il y effectuera sa mission pastorale avec constance jusqu'à ce mercredi 15 février 2012 où, dans sa 96ème année il a été illuminé laissant sa famille, ses proches et amis dans le doute.

Le mécréant s'en trouvait retourné


Monseigneur Jean Briquet © Pascal Serre
Jean Briquet… Le vieux Périgordin que les années pointent du doigt et qui tisse laborieusement sa propre réponse à sa propre destinée ne saurait résister à la mémoire parfois contrariée. Ma dernière rencontre, fin janvier, m'amenait à saluer l'homme d'église qui savait que la marche solitaire apportait beaucoup à la réflexion. C'était entre la librairie Marbot où Jean Briquet savait choisir ses lectures et son domicile, rue Lamartine. Il levait son chapeau tout aussi simple que sombre et avec une délicate surprise, sans s'attarder, signifiait quelques mots que la courtoisie entourait sans apprêt. Le mécréant qui sommeille toujours en nous s'en trouvait retourné.

Certes le Coderc n'était pour Jean Briquet qu'un passage le menant de sa demeure à cette basilique qui lui offrit le cadre d'une naissance toute personnelle. Mais il savait en apprécier l'authenticité en bon promeneur de l'âme humaine.

Du Père au fils

Jean Briquet avait servi trois évêques gravissant les marches qui associent la mission pastorale à la mission épiscopale.

Ma mère assurant son secrétariat il se trouvait à mes côtés afin que j'effectue mon parcours d'écolier dans les institutions catholiques de Périgueux. Il m'offrait ma première et seule bible. Je la possède toujours en bonne place.

Alors que l'église traversait une série de crises qui voyait son autorité morale et spirituelle chahutée, il n'avait de cesse de trouver dans cette situation les raisons d'afficher et d'affiner ses convictions en ouvrant son regard au différent.

Il vouait à son père un attachement respectueux. Celui-ci, compagnon du Tour de France, franc-maçon, amena son fils à travailler sur le compagnonnage et à éditer une étude qui fait toujours autorité sur Agricol Perdiguié (1805-1875), compagnon du Tour de France et représentant du peuple.

Ce père aimant et aimé saluait le choix de son fils d'être prêtre y trouvant là une parfaite expression de la tolérance qu'il érigeait, avec le travail, en postulat de tout progrès de soi et de la société.

Soyez soumis à toute autorité, même difficile


La porte de Bronze, entrée principale du palais apostolique du Vatican, gardée par deux hallebardiers de la Garde suisse pontificale © Pascal Serre
Dans sa charge de vicaire général, Jean Briquet fut, comme le rappelait Michel Mouisse, évêque de Périgueux et Sarlat, un conseiller à la fois sensible aux hommes et aux faits et raisonné sur leurs liens.

A l'image d'un Richelieu, Jean Briquet avait la négociation ondoyante et ferme. Ce n'est pas sans raison qu'il se vit confier l'officialité encore appelée tribunal ecclésiastique ou service canonique. C'est là qu'il exerçait le pouvoir judiciaire conformément au code de droit canonique et à la jurisprudence de l'Église universelle.

De même, Jean Briquet, avec une simplicité naturelle qui le gardait des divisions profanes, excellait dans les rapports toujours périlleux de la société périgordine. Il en connaissait les arcanes dont les mystères trouvaient toujours dans son analyse un regard et des réponses indispensables dans l'action du diocèse.

L'homme d'église se refusait au prosélytisme et savait préserver son jardin secret.

Jean Briquet fut incontestablement un homme de pouvoir au sens de lumen gentium, une des quatre constitutions conciliaires promulguées par Vatican II en 1964. Ce fut un défi majeur pour l'Église qui préférait au terme de pouvoir celui de munus qui exprime la tâche ou encore le service.

Si, ainsi, le pouvoir est le service de la hiérarchie, exercer le pouvoir divin c'est le service que le ministre ordonné offre à l'Église à laquelle il a donné vie. Il ne peut y avoir aucune opposition entre le pouvoir et le service. Le pouvoir est le plus grand service. De même, dans sa première épitre, Pierre enseigne :

« Soyez soumis à toute autorité, même difficile » .

Pour les plus éclairés sur l'histoire de l'Église catholique, Jean Briquet peut être rapproché du Cardinal Thomas de Vio qui, au XVIème siècle, lors du cinquième concile du Latran obtint la reconnaissance et la supériorité de l'autorité du pape sur celles des conciles.

Nul doute que cette posture à la fois mystique et rationnelle, apparemment contradictoire, traduit un exégète appliqué, cultivé et qui trouve ainsi sa condition de serviteur de Dieu.

Jean Briquet fut incontestablement dans cette vision se refusant vraisemblablement à une destinée plus médiatique comme on dit aujourd'hui. En ces temps de tourmente où s'affrontent – mais au fond ce fut toujours le cas – laïcité et spiritualité la disparition de Jean Briquet prive la réflexion intime de chacun autant que celle de toute la société d'une lumière.
Auteur : Pascal SERRE

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Commentaire de Anonymous MOUISSE , le 3 mars 2012 à 16:13  

Hommage d'une grande intelligence et sensibilité qui honore la presse à un homme qui refusa les honneur et releva sans cesse ses valeurs en s'inclinant devant les plus humbles.. La presse locale n'est plus si fine et cultivée que jadis. De l'âme de leur région ils ne veulent connaître que le grand spectacle. Merci à ce cancan qui informe avec une grande sensibilité; Pascal est bien une âme littéraire complexe et d'une sensibilité merveilleuse.

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 5 mars 2012 à 20:06  

merci de nous avoir permis de partager la vie du Chanoine Briquet avec ces mots dont on pourrai dire qu'ils sont presque des images de la vie d'un homme simple raisonné et sensible , des qualités que chacun doit avoir en soi dans ce monde tumultueux .Comme vous le dites si justement la disparition de Jean Briquet prive notre socièté d'une lumière .

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 3 novembre 2015 à 18:47  

Sylvie,

je sortais de Laure Gatet, il fallait aller vite pour prendre le bus qui me ramenait au toulon ; quelques fois je croisais le chanoine Jean Briquet. Cet homme était l'ami de ma mère, il lui avait fait le cathéchisme, dédié son livre, certainement avait-il toujours trouvé les mots. C'était bon de voir cet homme, d'apercevoir cet homme d'église. Je ne crois avoir jamais croisé de silhouette aussi apaisante.

Ma mère s'appelait Pierrette Labadie.
Merci

 

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