Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :
Les copains rédigent leur carte postale de l’Atlantique aux Alpes. La mienne a pour cadre la place Saint-Silain. Ici point de Cyclopes ni de Pénélope ; et pourtant cette petite place aux abords harmonieux pourrait bien être mon Ittaque à moi.
Selon le photographe
Nicolas Lux (à droite),
« Voyageur immobile », la place Saint-Silain serait la plus belle de Périgueux. Avec son bar
« Le Saint-Silain », un des plus vieux de la ville, mais aussi ses nombreuses échoppes, il flotte ici un petit air de Butte Montmartre.
Quel diable d’habitude que de vouloir comparer et de ne pas se satisfaire du théâtre d’ombres de ce rendez-vous feutré aux confidences murmurées ! L’âme d’
Ulysse n’y trouve aucun soleil couchant et aucune colonie ne s’y est implantée. Je ne me suis point déguisé en mendiant pour gagner ce palais riant, le cœur aux lèvres et l’esprit en alerte.
Les sous-titres de ce cancan
C’est sans complexe que j’ai planté mon regard de touriste sur cette espace jadis dédié à un cimetière comme cela se faisait en ce temps-là. Morts et vivants se côtoyaient allègrement et sans souci de voisinage. Je dois cette information à mon ami
Guy Penaud pour lequel notre bonne ville n’a aucun secret. On rajoutera même que les tilleuls furent plantés en 1905, année entrée dans l’histoire par une loi, celle de la séparation de l'Église et de l'État. La fontaine ? Elle est arrivée en 1982, l’année où une figure de la place,
Madame Diaz, réfugiée espagnole qui avait ouvert avec son mari un atelier de photographie en 1946 prenait sa retraite. Un restaurant prit la suite. Ses photos ont été remises aux archives départementales et constituent un remarquable outil de mémoire ; je me rappelle que, tout jeunot, avec mes parents nous allions admirer la devanture dans laquelle on pouvait voir les photos des événements du jour. Une autre époque.
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L’enseigne « Cordonnerie » s’efface doucement, ayant cédé pour une activité de bar | | Claudette Lothaire apprécie la douceur de l’atmosphère et la diversité des choix tout autant que l’exposition qui facilite les rencontres |
| 2011 © [1] & [2] Pascal Serre |
La fontaine qui trône ainsi en ce lieu doit son nom –
Wallace – à un philanthrope anglais qui dota Paris au XIXe siècle de nombreuses fontaines. Le modèle initial est signé
Charles Auguste Lebourg. Tout ceci n’a guère d’importance mais il est toujours bienséant de rafraîchir la mémoire des choses anciennes.
Honneur à la truffe d’été
La place Saint-Silain ? Moins de mille mètres carrés bordées d’une quinzaine de boutiques toutes aussi aguicheuses qu’affectueuses. Il y a parfois des accents pagnolesques entre cabaretiers. Mais c’est pour le folklore.
Francis Delpey, avec sa boutique au mille saveurs bien nommée
« Le sixième sens », multiplie les initiatives pour qu’ici aussi domine un esprit, un élan. Il a créé de toutes pièces et bien seul au départ un marché des truffes d’été. De dix à treize heures, chaque samedi, parfois accompagné de quelques musiques bien choisies, c’est le défilé du
tout Périgueux.
Le plus fidèle est
Philippe Cornet qui fut désespérément absent durant deux bonnes semaines. Vacances obligent et n'y voyons aucune allusion politique à ce constat. Quant à
Gatienne Doat, maire-adjointe, elle ne s’y est pas trompée et a trouvé en
François Martins, promoteur de la fête de la Truffe de Campagnac-les-Quercy un guide attentionné.

Martine Balout, responsable du patrimoine, Gatienne Doat, maire-adjointe de Périgueux et François Martins représentant érudit de la Confrérie de la chataîgne de Villefranche-du-Perigord et gourmet avant tout 2011 © Pascal Serre
Il faut rappeler qu’à la fin du XIXème siècle la place Saint-Silain était dédiée à la
tuber melanosporum ! Et ceci n’a pas échappé au maître queux Francis. La tornade passée, nous surprenons Francis et
Jürgen Prast, qui a troqué son appareil photo contre des dés.
Maladroitement installé autour d’un tonneau, les deux compères entament une partie de jeu de carrés.
Attention c’est du sérieux ! Mais Francis à l’œil vivace et veille au bon ordre de sa terrasse.

Francis Delpey et Jürgen Prast vont entamer leur partie de dés à la « Crétoise » 2011 © Pascal Serre
De Rachilde à Goudeau
Laurent Mossion et
Denis Chaput-Vigouroux surpris à l’ombre des tilleuls en grande discussion. Le premier est délégué de l’UMP pour la circonscription de Périgueux ; le second, membre de la
docte Société historique et archéologique du Périgord, s’est épris du remuant
Eugène Le Roy, romancier de son état et de
Rachilde, écrivaine effrontée. L’éminent chercheur en a commis un essai au
Mercure de France. Il y a là une intonation qui ne déplairait pas à
Émile Goudeau, journaliste, romancier et poète.

Laurent Mossion et Denis Chaput-Vigouroux font leur revue de presse 2011 © Pascal Serre
Natif de Périgueux, il fonda et présida à Paris le
Cercle des Hydropathes.
Goudeau me rappelle quelque part
William — oui, mon rédacteur en chef — ; il payait ses collaborateurs en boisson et, notamment en absinthe verte. Émile Goudeau fut un des piliers de cette période Montmartroise ne cédant en rien et dans La revanche des bêtes de clamer :

De cette place Saint-Silain à la butte Montmartre ; de Emile à William ; de l’absinthe à la bière tout ici inspire la folle démesure du temps perdu et les variations des amants du Parnasse.
La saga Lothaire
Toute proche, distinguée dans l’allure, élégante dans le propos, avenante dans le regard,
Madame Lothaire, digne représentante de l’une des plus anciennes familles de commerçants de Périgueux a choisi, comme souvent, le lieu pour y déjeuner bien accompagnée.
La famille Lothaire ? Une saga débutée au fond du Toulon dans la fin des années quarante et dont on connaît aujourd’hui la réussite sur les boulevards.
Jérôme, le petit-fils, ouvre ce 17 août une nouvelle boutique, à Bordeaux. Ce ne sera guère que la
dix-septième septième !
Betty Wieder et son cortège d’amis bienveillants
Betty Wieder inlassable combattante de toutes les discriminations, présidente de la
LICRA, s’installe quelque peu essoufflée. Elle se remet doucement d’une pénible opération chirurgicale et la place Saint-Silain lui apporte son cortège d’amis bienveillants. Betty et
Marcel — son époux — multiplient les actions et, comme chaque année, elle me rappelle que le 18 juillet dernier, à l’occasion de
la rafle du Vel d’Hiv elle s’est exprimée avec toute l’émotion et l’énergie qu’on lui reconnaît et qu’elle transmet.

Betty Wieder (à gauche) se remet doucement d’une opération et prépare un nouveau voyage à Auschwitz 2011 © Pascal Serre
Dans un repli, adossé à un mur, confortablement assis,
Pierre Plantié médite sur l’année sabbatique qu’il prend afin de partager la vie d’un monastère. Il a longtemps travaillé au sein de la
Chambre de commerce et d’industrie de Périgueux — puis de la Dordogne — à l’animation du commerce de notre bonne cité ; le voici aujourd’hui responsable du service développement entreprises et territoire. Ne m’en demandez pas plus.

Pierre Plantié médite sur sa démarche spirituelle qui va le mener dans un monastère 2011 © Pascal Serre
Mon verre de bière est vide. Au passage, mais ce doit être un signe des temps, le prix de celui-ci est exorbitant. Je me garderai d’en dire le montant. Parce qu’au fond ce n’est pas le plus important et je cultive l’élégance des nobles désargentés.

Midi plein. La place est envahie par un bourdonnement où les abeilles de passage cherchent leur ruche pour se poser 2011 © Pascal Serre
Mais alors, le « Coderc » n’est pas un espace clos ?
Le froissement des feuilles annonce quelque orage. Bistrotiers et aubergistes tendent l’oreille et scrutent le ciel qui s’assombrit. Fort heureusement, l’infâme vent ira s'abattre ailleurs. Aurai-je la tentation ultime tel dans l’opéra
Le retour d’Ulysse en sa patrie dû à
Claudio Monteverdi ou encore
Le Regard d’Ulysse du cinéaste
Théo Angelopoulos de rentrer chez moi, en mon Coderc ?
J’ai fait mon voyage et rédigé ma carte postale destinée aux amis, aux parents. Chemin faisant, muscadin de mon village, je me disais combien la chance m’assistait à prendre en compte ses vastes terres inconnues, si proches et si lointaines, celles qui apparaissent quand on croit avoir tout vu. Et puis, c’est en comédien qui joue le touriste que j’ai exploré et logé les confidences des uns et des autres, violé les transpirations de ces murs encore chauds et qui tiédissent avec le soleil pâlissant.
Durant quelques heures j’ai mouillé dans l’Ithaque moderne. Je prolonge mon errance estivale en commençant à dessiner des voyages affolants dans les rues, venelles, places et placettes de la ville. De celles-ci surgissent des impressions surprenantes dues à des aventures communes et différentes qui transportent mon
Coderc aux quatre coins de la cité. Mais alors, le
Coderc n’est pas un espace clos ? Ce serait un état d’esprit qui coule dans les veines de toute la ville ? Oh que voilà une bien belle carte postale pour mes bons copains. Bons souvenirs de la place Saint-Silain !
Auteur : Pascal SERRE
Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :- Institut Montaigne (Paris)
- Fondation Terra Nova (Paris)
- Fondation de la France Libre (Paris)
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Libellés : francis-delpey, Le-cancan-du-Coderc, LICRA-Perigueux, Nicolas Lux, Pascal-Serre, Philippe Cornet
Bonjour,
Il semble de plus en plus évident que l'adjectif "indépendante" qui apparaît dans le sous-titre de Periblog n'a plus lieu d'être....
Allons cher William, un peu de courage, faites votre coming-out politique, il n'y a pas de honte à devenir la tribune de l'opposition municipale à Périgueux sous couvert de truffes même si Cornet doit s'y sentir particulièrement à l'aise... :-)
Je n'ai pas sollicité l'honneur d'être mis en scène par Périblog comme vos sous-entendus le suggèrent. Il se peut que ma personnalité ne soit pas à vôtre goût et dans ce cas le mieux est de ne pas me photographier. Ne gaspiller donc pas votre énergie. Je vous en remercie.
Mon cher Jean-Jacques, le mot "vedette" n'était peut-être pas des plus appropriés. Ce n'était voulu que comme une gentille boutade à ne pas prendre au sérieux.
@Philippe
Lire ce billet qui tente de répondre à votre question.
periblog.fr/2011/09/entre-la-droite-et-la-gauche-mon-coeur.html W