Féta, Ouzo, olives et Sirtaki mercredi 9 novembre 2011

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :

De Monastiráki au Coderc il n’y a qu’un pas. De la célèbre place d’Athènes à celle de Périgueux, Costa et Georges observent la crise de leur pays d’origine et de cœur. Parfois agacés. À l’heure de l’apéro voici venu la raison des peuples.


La place de Monastiraki avec la mosquée Dzisdaraki, juste derrière quelques colonnes de ruines de l'agora romaine et en toile de fond la fameuse et superbe Acropole © Pascal Serre

Ce samedi de novembre est pluvieux. Pourtant les passants qui vont du Coderc à Saint-Silain, de la Clautre à la Mairie sont tout aussi nonchalants et rieurs. Rendez-vous a été pris chez Isabelle et Costa, dans leur épicerie de la rue de la clarté, tout proche du Coderc.
Après avoir créé, en 1985, le premier restaurant grec de Périgueux — le Helliniko — ils ont choisi, en 2000 de se transformer en traiteurs. Ils sont les meilleurs ambassadeurs de l’art gastronomique hellène.

Georges Boutis, fourreur de son état — rue des Chaînes — mais aussi digne héritier d’une famille grecque venue à Périgueux entre les deux guerres nous rejoint. Les deux compères partagent la même passion pour cette terre bien chahutée et qui, pourtant, reste le berceau de notre démocratie.
Georges Boutis et Costa Kiriacos une fratrie en bleue et blanc
 05/11/2011 © Pascal Serre

Entre les bouteilles de raki, d'ouzo, de vin résiné, les traditionnels tzatziki, tarama, souvlaki, loukoumadès, moussaka, dolmadès et autres saveurs propagent une Grèce immortelle à préserver sans modération. Nous voici presque au consulat de Grèce en Périgord !

La diète méditerranéenne

Savez-vous — avec humour — que l’Unesco a classé la gastronomie du pays d’Ulysse au patrimoine mondial sous l’appellation « la diète méditerranéenne »… Et ici, en terre périgorde on se rappelle, à la fin des années 80, une affaire dite du « trou des grecs », projet immobilier situé rue Wilson et tombé en désuétude. Et on citera notre bonne cathédrale aux coupoles en forme de croix grecque et de tradition byzantine. Nous en resterons là pour les cousinages qui atténuent la rigueur du moment.

La Grèce veut rester dans l’Europe

Si Costa est natif de Larissa, une ville située en Thessalie, la famille de Georges est originaire d’Athènes, sur la plaine de l’Attique. Leur épouse respective est périgordine. Ceci expliquant aussi cela. Tous deux ont de la famille en Grèce et s’y rendent régulièrement. Ils suivent avec agacement les rebondissements d’une crise qui ne date pas d’aujourd’hui.

Costa s’en prend à la classe politique qui « s’en ait mis plein les poches sans penser au peuple grec ». Georges trépigne et frappe : « La Grèce veut rester dans l’Europe mais ne veut pas s’entendre dicter son destin par les financiers et les politiciens… » Voici qui est dit. Costa reprend : « Les derniers jeux Olympiques ont été néfastes car la Grèce s’est considérablement endettée à cette occasion et les Grecs ont constaté des détournements d’argent sans que les autorités n’y mettent vraiment leur nez ».

Les Grecs paient l’incurie de leurs dirigeants

Georges, par tempérament se fait plus véhément : « L’Europe a donné de l’argent sans se soucier de vérifier ce qu’il advenait de celui-ci. Le peuple grec n’en a souvent pas vu la couleur et maintenant cette même Europe vient siffler une fin de partie en désignant des responsables qui ne le sont pas. » En clair, les dirigeants européens s’entendent sur le dos de leur peuple. Et Georges d’être exacerbé par la stigmatisation du peuple grec : «  On accuse le peuple grec qui découvre l’addition en même temps qu’une terrible récession. On tapant sur les Grecs il ne faut pas oublier que notre tour (les autres pays européens (ndlr)) viendra car c’est pas mieux ».

Verrons-nous un « Printemps grec » ?

Costa évoque les salaires divisés par deux, les coupures d’électricité, les jeunes qui demandent à quitter le pays : « On n'imagine pas quelle est la situation là-bas. On se contente de nous parler d’argent et on oublie tout le reste. La Droite veut prendre la place de la Gauche et c’est tout. C’est comme chez nous, en France ». Georges poursuit : « il ne faut pas oublier les communautés grecques réparties dans le monde. Celles-ci se réveillent, bougent, se mobilisent. Le téléphone et internet facilitent les contacts ». Verrons-nous un « Printemps grec » ?

Le petit peuple a toujours raison

La tension baisse quand je parle de mon dernier séjour, à Athènes, ma balade à Monastiráki, le vieux marché, la mosquée Dzisdaraki… La Grèce éternelle quoi !

Nous convenons que du Coderc à Monastiráki, le petit peuple vibre aux mêmes accents. Nos histoires nationales se fondent dans le même creuset même si nos différences bien entretenues sont nos richesses intimes.

Mes deux compagnons se déclarent amoureux de cet héritage commun et conviennent finalement des mêmes bonheurs que ce soit à  Monastiráki ou sur le Coderc. Que d’affinités manifestées dans un savoir-être et non un savoir-paraître.

Ici, comme là-bas, le petit peuple a toujours le dernier mot. Celui des marchands de fruits et légumes, de fleurs et de poissons ; celui des badauds qui commentent l’actualité par le petit bout de la lorgnette, lascif dans le cœur, prompt à l’escarmouche quand la mer se fait hostile.

C’est peut être pour cela que bravant les manifestations je me suis dissipé, un soir de septembre, dans les tavernes de Monastiráki. Loin des déclamations et incantations des élites européennes, j’ai senti une extraordinaire fusion des âmes et une certitude : on ne réduit pas un peuple à sa monnaie.

Comme à Monastiráki, c’est l’heure de l’apéro. La tradition veut que l'ouzo et les olives noires prolongent notre débat qui n’a rien à envier à celui qui se déroulait sur l’agora d’Athènes. On évoque la communauté grecque de Dordogne. Éclatée par nature, celle-ci composée, peut-être, d’une centaine de noms évocateurs de destinations aussi douces que l’huile d’olive et les pâtisseries sucrées de Plaka se sent bien seule et exhibée à la potence érigée par les agences de notations et autres serviteurs zélés de l'euro.

En 593 avant notre ère Solon avait déjà réduit la dette des pauvres

L’homme d’État grec Solon, en 593 avant notre ère, placé face à une crise similaire, avait réduit les dettes privées et publiques pour sauver les finances d’Athènes. Il avait écrit : « Si tout est incertain, pourquoi craindre quelque chose ? »… Ah ça vous bouche comme on dit un coin non ?
Georges Boutis, Alain Deluc, Roger Benayoun, Francis Delpey et Serge Benayoun 05/11/2011 © Pascal Serre

Les garnements en goguette

Le carillon de la basilique, tout proche, nous rappelle, tout autant que les clients de Costa et Isabelle, que nos palabres doivent être suspendues. « Antio ! » — au revoir en grec — nous lance Costa en accueillant un couple de clients. Georges et Françoise son épouse me saluent. Je retrouve la fine pluie qui marque l’entrée de l’hiver avec, dans la tête la couleur bleue de la Grèce.

Nous voici face à face avec Roger Benayoun accompagné de son fils Serge. Celui qui avait créé, en 1978, l’excellente table du Tournepiche est toujours frais, élégant et affiche ses origines méditerranéennes sans excès mais fièrement. Serge projette une nouvelle table.
Françoise Marvaud et Roger Benayoun 05/11/2011 © Pascal Serre
Francis Delpey et Jean-Louis Grimard
 05/11/2011 © Pascal Serre

Mais chut… Francis Delpey venu de la place Saint-Silain s’ajoute à cette bande de garnements. Jean-Louis Grimard qui officie une table aussi bonne que discrète place de la Nouvelle Halle nous rallie. Enfin, Françoise Marvaud, ancienne secrétaire de direction de la feue Chambre de commerce et d'industrie de Périgueux se retrouve nez à nez avec Alain Deluc.

Françoise Marvaud a bien connu un certain Sylvain Floirat qui céda sa place à Jean Gaillard. C’était une autre époque, dirons-nous. Alain Deluc, concessionnaire émérite de véhicules (voir Périblog « la controverse de Montaigne »)  bien connu quand il était élu de l’honorable institution. Aujourd’hui, il est élu à la Chambre de commerce et d’industrie de la… Dordogne. Effusion toute périgordine. Nous ne sommes pas si loin de Monastiráki… Et bien éloignés de la dette, de l’austérité et rigueur annoncées autant que des soubresauts politiciens et médiatiques du moment.

L’association de la féta au cabécou, des olives au foie gras, des feuilles de vignes farcies aux truffes, du résiné aux vins de Monbazillac nous inspirent bien un sentiment d’éternité. C’est là notre secret et notre bonheur seuls connus des initiés.

Bonnes adresses : 
Georges et François Boutis, fourreurs, 7 rue des chaînes à Périgueux.
Tél. 05 53 53 23 19

Costa et Isabelle Kiriacos, épicerie fine et traiteur « Helliniko », 6 rue de la clarté à Périgueux.
Tél. 05 53 09 60 69

Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Association des Journalistes du Patrimoine (Paris)

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Commentaire de Anonymous CHRISTIANE , le 10 novembre 2011 à 22:57  

C'EST PAS CHRISTIAN GRIMARD MAIS JEAN-LOUIS GRIMARD AUTREMENT C SYMAP DE RETROUVER LES GENS QUI FONT VIVRE PERIGUEUX AVEC CE STYLE POSITIF MEME EN TEMPS DE CRISE

Commentaire de Anonymous Clauder , le 11 novembre 2011 à 09:48  

Pas d'accord. Les déclarations d'impôts sont rédigées par les contribuables eux-mêmes, et sont rarement vérifiées. Ainsi, seuls 5.000 personnes
sur un pays de 12 millions d'habitants admettent gagner plus de 100.000 euros annuels. Or, plus de 60.000 foyers grecs détiennent pour plus de 1 million d'euros d'investissements, sans parler des montants investis à l'étranger. Beaucoup de contribuables grecs affirment ne gagner que 12.000 euros annuels, même lorsqu'ils possèdent des bateaux, des résidences secondaires sur des îles grecques et des propriétés à l'étranger.
Et après ça ils se plainent qu'on les aime pas ?

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 11 novembre 2011 à 15:08  

Je crois que le prénom du fils de Roger Benayoun est non pas Stéphane mais serge

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 11 novembre 2011 à 16:54  

Deux bons commerçants de périgueux qui veulent nous donner des leçons. C'est grotesque. On voudrait bien vous croire monsieur serre mais les grecs se sont moqués de nous pendant 20 ans et ils veulent nous faire croire que si ça va mal c'est notre faute ou celle de leurs dirigeants. Périblog a mieux à faire que de faire de la pub ces 2 donneurs de leçons

Commentaire de Blogger Périblog , le 11 novembre 2011 à 18:13  

Merci à Christiane et à Anonyme pour m'avoir signalé les deux prénoms qui n'allaient pas, W

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 15 novembre 2011 à 18:17  

La Grèce est la seconde nation la plus corrompue au monde après la Colombie. L'évasion fiscale oscille entre 25 et 35 milliards d'euros par an. Et on estime que 6 000 entreprises, dont des entreprises d'Etat comme l'OSEC(équivalent de la SNCF) ou la compagnie nationale Olympic Airways ne s'acquittent pas d'une partie de leurs taxes. Le manque à gagner du recouvrement annuel est de 30 milliards d'euros, soit 10% du PIB
Sud-Ouest du 10/11/2011

 

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