Carton plein - MIMOS 2011 mercredi 10 août 2011

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :

Le festival du mime de Périgueux 2011 est clos. Dans la myriade de talents exprimés, s’écartant du volet officiel, sur le pavé du Coderc, entourée d’une foule colorée aux impressions variées mais troublées, arrêt sur la gestuelle de la compagnie Sirventès et de trois clochards sur leur montagne magique de cartons.

Jeudi soir. L’heure des informations ; le téléphone me rappelait au monde. Au bout du fil, Christian. C’était inhabituel et je me trouvais fort inquiet car le copain du haut de ses quatre vingt-six printemps pouvait m’annoncer quelque désagrément. Bien au contraire, l’ancien de la Préfectorale était tout en émoi après sa balade de l’après-midi sur notre Coderc
- Il faut que tu ailles voir le spectacle de mime du Coderc. C’est sensationnel.
- Mais encore, lui dis-je… c’est passé.
- Il le redonne demain. Je ne peux pas t’expliquer mais c’est déroutant, étonnant et ça te plaira. Vas-y. En plus, histoire de rire, tu verras le début du déménagement de la mairie.
- Comment ça… le déménagement de la mairie ?
- Vas-y et tu verras. Tu me raconteras après. Il paraît que le spectacle s’appelle « Carton » !

L’affaire semblait si bien ficelée que je m’exécutais.
Cet instant suspendu est aussi une opportunité pour célébrer la rue dans toute sa beauté et dans tous ses recoins. S’approprier l’espace public comme lieu de vie, d’échange, de rencontre, de flânerie. 05/08/2011 © Pascal Serre
Ils sont là, parmi les passants qui passent, les enfants qui jouent et les amants fébriles. 05/08/2011 © Pascal Serre
Le monde de la rue dans lequel certains vivent à plein temps est l’objet d’une fascination certaine. Censé être en marge de notre société, il occupe pourtant une place essentielle et primordiale, celle du garde-fou. 05/08/2011 © Pascal Serre

Allais-je comme le héros de La Montagne magique, fasciné par les gens d’en haut finir par attraper quelque maladie ?

C’est tout excité par cette invitation singulière que je me rendais, ce vendredi, vers 17 heures sur notre point zéro. Je me trouvais devant une montagne de cartons muette presque fascinante dans son incongruité. À l'entour, un public bigarré, à la fois placide et dans l’attente de je ne sais quelle histoire grossissait à vue d’œil.

Je m’imaginais les pages du roman de Thomas Mann, La Montagne magique. Je tournais autour sans rien imaginer ou désirer. Allais-je comme Hans Castorp, fasciné par les gens d’en haut finir par attraper quelque maladie ?

Trois clochards dans un univers asphaltisé

Puis, la patience comme compagne, voici, l’un après l’autre, trois clochards imbibés d’alcool surgir l’un après l’autre de cette colline  de cartons — 400 — : Félicien, Nicolas et André. Mime ou réalité ? Nous pourrions nous approcher de Rimbaud : clochards célestes, asphaltisés d’une place sans larme ni sourire.
Cette histoire qu’on ne connaît pas, car elle fait partie de l’intimité, ou alors qu’on ne connaît pas parce qu’on ne veut pas la regarder. 05/08/2011 © Pascal Serre

Campés là, au bord d’un monde, dans la merditude des éléments et émotions, les voici nous laissant percevoir à travers leurs mystérieuses attitudes, leurs gestes aux apparences désordonnées, des paysages intérieurs où les étoiles ne sont pas que tristesse, détresse ou désespérance.

Gens d’en haut ? Et pourquoi pas ? Sur cette place aimée, les émotions n’ont ni âge ni jugement. Elles sont ce que nous voulons qu’elles soient. Chacun a le droit, un instant de sa vie, de glisser, tomber et se relever aussi.

Pendant 4 heures ils sont là, visibles, de façon plus ou moins ostentatoire, plus ou moins discrète, mais bien présents. 05/08/2011 © Pascal Serre
Sur ce Coderc éclatant de soleil et de sollicitudes, ils sont là par dizaines à regarder ce que d’habitude ils ignorent. Ils en sourient et les souillures du temps se font poésie. La magie du silence, celle de la gestuelle et des bribes de cette épopée moderne dont les acteurs sont siglés SDF est surlignée un instant par les notes d’un accordéon, de marmottements presque inaudibles, d’allers et venues cachés dans des situations aussi absurdes que poétiques. 

De l’autre côté du miroir, enfants et adultes se relaient, debout ou assis, déconcertés ou absorbés par leur propre itinéraire. 

Malheureusement ce qui est un spectacle est aussi une réalité ; il n’y a d’ailleurs réellement ni début, ni fin. La vie quoi !  Quatre heures durant les trois géants de l’histoire universelle de la marginalité nous excluent de leur composition. Les rôles sont inversés. 

De l’autre côté du miroir, enfants et adultes se relaient, debout ou assis, déconcertés ou absorbés par leur propre itinéraire. La confrontation n’est pas toujours facile. Impossible en revanche d’être déçu si ce n’est par soi-même face à la réalité que l’on peut éprouver un instant devant ce qu’il est difficile d’appeler un spectacle.

L’humour prend le dessus quand l’un des compères saisit des cartons et les dressent sur la balustrade de la mairie qui donne sur la place. Je me rappelle là le propos de Christian qui associait la situation au déménagement annoncée de notre mairie.

Des pièces diplomatiques de notre temps


Les heures s’égrènent, le soleil passe en clignant de l’œil, le public est à l’image de notre société et révèle bien des malaises. Étonnamment ce sont les enfants presque les plus attentifs et dignes. Les adultes se font moins complaisants et saisissent leur progéniture pour aller ailleurs, là où la misère ne dérange pas.

La compagnie Sirventès — c’est le nom de ce groupe qui signifie en langue d’oc poème à caractère satirique politique et moral  —  a révélé une complainte moderne comme les chantaient les troubadours occitans. Jean Villemain, homme politique et écrivain du XIXe siècle qualifiait ces sirventès de pièces diplomatiques du temps. Ceci reste d’actualité. En retenant cette compagnie et cet emplacement si élogieux du Coderc les organisateurs de Mimos ne me déçoivent pas. Au contraire.

Le News Show d’Hervé Couasnon

Comme il l’avait annoncé le Périgourdin Hervé Couasnon était ce vendredi soir à 19 heures l’inconnu dans le « News show » d’Ariane Massenet sur Canal +.
Hervé Couasnon qui vit à Périgueux, était vendredi 5 août à 19h sur Canal + avec Ariane Massenet (voir la vidéo ci-dessous dans laquelle Hervé Couasnon apparaît un peu après la 12ème minute). 05/08/2011 © Pascal Serre


Le poète et escaladeur s’est présenté habillé d’une chemise à fleurs éclatante et d’une veste sombre pour se prêter au jeu de « L’inconnu du l’info ».

Le principe étant de mettre en avant la star d’un jour face à quatre candidats répartis en deux équipes. D’un côté, Anne Roumanoff et Chantal Brunel ; de l’autre, Hervé Mathoux et Thomas Thouroude.

Si personne n’a trouvé que notre « Poète-escaladeur » avait eu la célébrité en se déclarant candidat à l’élection présidentielle de 2012, à Bordeaux, le 1er avril dernier,  Ariane Massenet rappela en quelque images son interpellation alors qu’il venait d’escalader l’hôtel de ville de Limoges le mois suivant.

Si Hervé Couasnon ne refuserait pas de serrer la main à Nicolas Sarkozy il déclare que son cœur est à gauche. Notre candidat Périgordin affiche un humour placide et s’entoure de verdure et d’un chien pour nous dire que si en 2007 il n’a recueilli que 100 signatures il compte bien dépasser les 500 pour l’an prochain. Et de nous déclarer que son seul but est de faire vivre la poésie. Même en politique. 

Auteur : Pascal SERRE




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Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Blogger mondomicile , le 11 août 2011 à 06:56  

Quelle nulité que MIMOS pour une si belle Ville. Notre culture est au plus bas niveau heureusement que nous avons encore la truffe....

Commentaire de Anonymous Jean-Jacques Dallemand , le 11 août 2011 à 11:52  

Aucun rapport, mais félicitons la Municipalité pour sa rénovation des toilettes du Coderc.
manque juste deux petits détails;
1. Pas de crochet à l'intérieur pour le parapluie et la veste !
2. pas de poubelle au pied des lavabos.
A part ça, le public est globalement satisfait.

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 11 août 2011 à 12:56  

Qu'est ce que c'est ce commentaire ridicule?

Commentaire de Blogger Périblog , le 12 août 2011 à 11:58  

C'est de ma faute... JJ Dallemand m'a envoyé ce commentaire par email et m'a dit de le placer où je voulais.

Si on fait abstraction du fait que ceci est hors sujet, il n'a pas tort.
Ne pas avoir de patère dans les toilettes pour les manteaux surtout quand le froid sera revenu, est un sérieux oubli.

Commentaire de Anonymous o2vie , le 12 août 2011 à 15:50  

encore une critique constructive de "mondomicile"...
au contraire la programmation m'a agéablement surpris cette année, les nombreux spectateurs peuvent en témoigner ou alors mon niveau culturel est-il au plus bas ?
la culture apportée à tous avec des spectacles à plusieurs niveaux de lecture et gratuits pour le "off".

Commentaire de Anonymous Pascal SERRE , le 14 août 2011 à 19:31  

En attendant à l'hôtel Bristol de Sarajevo la venue du président Bosniaque Zeliko Komsic (depuis le 11 juillet dernier) qui offre un diner à la délégation de l'Union Européenne venue travailler sur le devenir du Kosovo j'adresse à W et les lecteurs-blogueurs du Cancan mes lointaines amitiés.

Commentaire de Anonymous Pascal SERRE , le 14 août 2011 à 19:34  

J'oubliais pour W dois-je passer son bristol à la toute jeune présidente de la République du Kosovo Atifete Jahjaga qui a fêté ses... 36 ans ?

Commentaire de Blogger Périblog , le 17 août 2011 à 14:14  

Je n'avais pas lu ce dernier commentaire... j'espère que tu lui as passé mon bristol.

 

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