Chantons sous la pluie mardi 12 juillet 2011

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :

Voir le Coderc et... vivre. Telle pourrait être la devise de notre parvis où les misanthropes s’effacent devant les caresses d’une étendue toute tissée de volupté et de compagnonnage. Avec la pluie tant attendue c’est en solitaire que j’ai éprouvé ma chanson du Coderc.
Avec la pluie tant attendue c’est en solitaire que j’ai éprouvé ma chanson du Coderc 09/07/2011 © Pascal Serre
Ce samedi s’annonçait mollement pluvieux. Quelques larmes célestes égarées et bienveillantes semblaient ralentir le mouvement de la petite foule des badauds, ceux-ci d’ici et ceux-là d’ailleurs. Les parapluies, compagnons tout aussi fidèles qu’utiles, furetaient entre les étals. Les sonorités se faisaient plus nuancées et les couleurs chantaient moderato tout en préservant l'émanation particulière des senteurs habituelles.

Je m’étais soumis à la viduité du promeneur démuni de toute obligation si ce n’est celle de recueillir les bienfaits naturels des influences du moment. La courtoisie voulait que j’en tienne informé mes amis attitrés qui marquaient d’ailleurs une certaine satisfaction à mon propos.

Quand les RG font leur marché

Dans sa dernière édition, le magazine L’Express faisait une large place à Périgueux et ses adresses gourmandes me rappelant au passage que je me devais de rendre visite à Geneviève Fleury laquelle entretient un généreux et élégant commerce de produits fins.
Jean-Claude Périer - Périgueux
Jean-Claude Périer, ancien des RG, a conservé un regard bienveillant et affectueux sur Périgueux 09/07/2011 © Pascal Serre

M’y rendant avec une nonchalance pourvoyeuse de rencontres affables et vivifiantes. Je me glissais entre les parapluies et abris divers pour rattraper un ami de longue date, Jean-Claude Périer. L’ancien commandant de police en retraite était un de ces hommes de l’ombre qui composaient ce que l’on appelait avec une retenue appropriée les Renseignements généraux. C’est un habitué du Coderc. Natif de notre bonne ville, il a donné de cette institution une vision transparente et chaleureuse qui en contrarie les images contrastées. Installé dans le quartier de Saint-Martin, il a conservé l’intérêt bienveillant, obligeant et serviable qui le caractérise.

Nous devisons du bon vieux temps et de certaines agapes où journalistes et inspecteurs des renseignements généraux savaient, sous la houlette du bon Père Paul Laparre du Courrier Français partager une fois l’an le pain et le seul en toute fraternité. Jean-Claude confie qu’il a parfois appris plus de choses sur le Coderc qu’ailleurs… Chut !
Jean Naturel manie le parapluie au sens propre comme au sens figuré 09/07/2011 © Pascal Serre

L’éclipse de Jeannot »

Débouchant sur la place, venant de la rue de la Sagesse, Jean Naturel qui a marqué la vie politique municipale dans mes années 80 et 90 se joint à notre discussion.

L’ancien conseiller municipal socialiste est toujours actif au sein du festival Mimos mais apprécie le semblant de repos qu’il s’est accordé tout en conservant un regard avisé sur la chose publique. C’est qu’il en sait des choses sur les arcanes des joutes politiques locales et l’observation convient remarquablement à cet ancien documentaliste radieux à nos souvenirs d’antan. Sur ses amis de la mairie il effacera ses pensées que l’on devine taquines.

L’indéboulonnable Jean-Pierre Monmarson nous rejoint. Quelques propos attristés sur l’éclipse de Jeannot, Jean Boussuges, dont on voudrait revoir la barbe et l’amitié se confondre avec nos émotions.

L’historienne chevronnée qu’est Joëlle Chevé, auteure notamment d’une remarquable biographie sur Marie-Thérèse d’Autriche, épouse de Louis XIV – chez Pygmalion – ne manque pas le Coderc. Entre Paris et Périgueux, elle n’oublie jamais ce lieu privilégié où elle peut aussi se ressourcer et retrouver ses amis.
Joëlle Chevé
Joëlle Chevé, historienne mais aussi épicurienne érudite
Jean-Francis Parisis est une institution culinaire du faubourg des barris
09/07/2011 © [1] & [2] Pascal Serre

Mariette et Marius ou le temps des métissages des saveurs antillaises et périgordines 09/07/2011 © Pascal Serre

Le Coderc se fait créole

Fils de Michèle Thieullent fromagère à Périgueux
De chez Michelle Thieullent (son fils Fabrice sur la photo), fromagère réputée on vient à la découverte des accras09/07/2011 © Pascal Serre
Par mes amis de La Dordogne Libre et plus particulièrement du fidèle Jean-Baptiste Marty dont le père fut un éminent médecin zélateur du guitariste Django Reinhardt sur lequel il a commis un ouvrage, j’avais pris connaissance d’un couple d’Antillais qui avait élu domicile sur le marché. Je leur rendais visite. Voici deux mois qu’ils font la route de Ribérac au Coderc pour proposer des produits de la Martinique. Ils sont merveilleusement accueillants. Marius et Mariette – c’est digne de Pagnol ! – apportent toutes les couleurs de ce lointain coin de France que sont les Antilles. Depuis deux mois ils n’ont de cesse de soumettre les Pétrocoriens à leurs saveurs exotiques. Joyeux de me trouver, ils m’offrent un verre de banane dans de la glace pilée. Une pure merveille ! De son étal tout proche le fromager vient déguster avec une délectation parfaite quelques accras de morue.

C’est le fils de Michèle Thieullent lequel a la passion des engins mécaniques et commet quelques articles sur le sujet dans des magazines spécialisés. Marius et Mariette n’ont de cesse de se féliciter de l’accueil et, plus particulièrement, celui du placier qui les a bien aidés à s’installer dans cet antre aux traditions bien ancrées.
Jean-Louis Pousse, l’expert de toutes les convivialités 09/07/2011 © Pascal Serre

Pousse, Cornet, Mingasson et les autres…

Me voici surpris par un autre habitué : Jean-Louis Pousse. On ne peut pas l’éviter et l’oublier. Lui aussi est à la retraite. Expert en bâtiments, il connaît sa ville dans tous ses recoins. Chaque samedi il est là avec son cabas et ses habitudes, ses amis. Une petite ondée nous surprend sans rompre nos retrouvailles. On évoque un certain Didier Delezay désormais à l'île de La Réunion mais qui ne manque jamais de passer sur le Coderc lors de ses visites. Il consulte même Périblog et nous invite sur son site chansons et piments. Un homme d’ombre et de lumière qui marqua la vie politique du temps de l’Union de la Gauche… Avec Jean-Louis que les proches surnomment Tom on babille sur les copains et notre marché dont on constate qu’il évolue mais ne perd rien de ses attaches.
D’Indiana Jones à Jean-Paul Mingasson le Coderc reste une « arche jamais perdue »Didier Delezay (à droite avec des lunettes) a fait un périple en Afrique du Sud et à vélo !
D’Indiana Jones à Jean-Paul Mingasson le Coderc reste une « arche jamais perdue »
Didier Delezay (à droite avec des lunettes) a fait un périple en Afrique du Sud et à vélo !
09/07/2011 © [1] Pascal Serre [2] Droits Réservés

Au bar du Coderc le conseiller municipal Jean-Paul Mingasson, un peu esseulé face à son chapeau qui rappelle Indiana Jones et son café, semble absent. Nous nous saluons ; il avoue quelque peu corrodant que « par ce temps allégé et bruineux je médite sur le festival Art et Eau ». Au loin, Philippe Cornet, l’opposant irréductible au maire actuel, écrit sa partition en disposant ce champ clos du Coderc en un orchestre dont il voudrait bien, dans deux ans, qu’il joue « La Victoire en chantant »

Du Coderc aux berges de l’Isle

Jean-Francis Parisis, l’organisateur inspiré et déterminé du restaurant Les Berges de l’Isle me fait face. On s’embrasse. C’est presque naturel. Il vient de terminer ses emplettes. Son restaurant offre la plus belle vue que l’on puisse imaginer sur la cathédrale Saint-Front. Mais ceci se mérite et il faut traverser la rivière, aller dans le faubourg des Barris. Mais la récompense est au rendez-vous. La table y est choisie, les produits nous savons qu’ils ont la signature du Coderc. Jean-Francis en profite pour  nous signaler que le 30 juillet il organise une soirée théâtre avec une compagnie parisienne. Ce sera « Huit-clos » de Jean-Paul Sartre. Un buffet suivra. 
Geneviève Fleury dans sa boutique L'Épicerie des gourmets 09/07/2011 © Pascal Serre

Me voici enfin devant L'Épicerie des Gourmets

 Me voici enfin devant L'Épicerie des Gourmets. Je me dis que finalement mon excursion sauvage est un bienfait. Loin des bruissements routiniers mais nourrissants entretenus avec mes compères gazetiers je nuance de nouvelles sensations.

Geneviève Fleury m’accueille dans un décor cosy, rassurant et où l’œil n’a de cesse de se reposer. Je me sens en bonne compagnie. Originaire de Nantes elle a voulu être au cœur de la ville. Brune avec des yeux vifs, pétillants et gracieusement apprêtés au bonheur, elle est toujours à la recherche de ce qu’il y a de mieux. Elle est amoureuse des huiles, vinaigres, condiments, thés. Mais on y trouve parfaitement ordonnancé ses coups de cœur. Elle met un point d’honneur à parfaire ses paquets qui, selon elle, sont une mise en bouche pour celui qui reçoit le présent. J’y découvre des produits du monde entier. Ou presque. Un véritable voyage initiatique qu’elle accompagne avec réserve et finesse. Elle n’est pas adepte des grandes marques auxquelles elle substitue la qualité et l’originalité qui se conjuguent parfois avec le silence du bon ouvrier.

Mais voici que midi sonne au carillon de Saint-Front. La place se vide peu à peu ; un léger crachin m’attrape sur le pas de la porte ; je me promets de revenir. 

Impressions d’harmonie

Pour une fois j’ai gommé les aspérités des commérages indissociables de notre ville ; je me suis détaché des contrariétés de la vie même si elles s’affichent sans malveillance. Retourné en mon atelier j’ai repris Héraclite. Selon le philosophe grec les paysages ne cessent d’épeler leur lumière. L’harmonie y est la coïncidence des contraires. Dans notre décor du Coderc tout se ferait, tout se déferait par la discorde. La mémoire, source de notre destin, est un jeu énigmatique fait d’apparences. Ce petit matin de juillet, ce samedi-là, je me suis laissé aspirer par des clairs-obscurs, des rites et des secrets inhabituels qui ont enfin échappé à ces impressions. J’en reste comblé et j’ai presque envie d’imiter Fred Astaire… « Chantons sous la pluie ».

Auteur : Pascal SERRE

Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Anonymous Anonyme , le 13 juillet 2011 à 12:31  

Tout le monde il est beau, tout le mode il est gentil. Un peu long mais joliment écrit. C'est presque mieux que Jean-Pierre Pernaud. Et j'attends les autres photos

Commentaire de Blogger Périblog , le 13 juillet 2011 à 12:45  

Hello Anonymes.

Faut-il que je supprime cette option d'authentification pour que vous commenciez tous à utiliser votre nom ou un pseudo ? Si vous revenez souvent commenter ici (ce dont je vous remercie chaleureusement), merci d'inventer un pseudo et d'utiliser toujours le même. Vous verrez, ce sera plus sympathique de cette façon.

Tout le monde il est gentil ? Avec un artiste des mots comme Pascal Serre, il faut savoir lire entre lignes...

Je m'occupe des trois ou quatre photos qui manquent dans un instant. W

Commentaire de Anonymous Louis , le 13 juillet 2011 à 22:39  

Ni anonyme ni pseudo je me nomme Louis comme le 14. Entre testut et Serre c'est à qui va être le plus guimauve. Testut a une longueur d'avance et j'ai relu certains "cancans" qui montrent bien P.Serre a aussi la plume libertaire sans perdre de sa qualité

Commentaire de Anonymous simone , le 13 juillet 2011 à 23:19  

Après la grèce découverte grâce à Michèle qui m'avait dit de venir sur votre blog je trouve cette chronique fort bien exprimée et donne envie de faire le voyage de Bergerac au Coderc.

 

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