Alain Barret - Ma vie, ce combat… samedi 2 juillet 2011

Lecture pour tous

La rubrique que voici est nommée « Lecture pour tous » en hommage à Pierre Desgraupes (originaire de Mensignac en Dordogne) qui créa, en 1953, sous ce nom la première émission de télévision dédiée à la lecture.
C’est en gambadant sur Facebook que j’ai découvert Alain Barret. Une étonnante rencontre entretenue par les arcanes mystérieux de la Toile. Il venait de commettre un de ces témoignages qui tracent un destin.
Alain Barret à Sarlat, Ma vie, ce combat...
Alain Barret veut parler, communiquer, transmettre, donner de l’espoir aux âmes torturées. C’est ainsi que voit le jour « Ma vie, ce combat… » 2010 © Cédric Lecocq (pour Le Parisien - Alain Barret sauvé par le gong)

Né à Sarlat dans les entrailles des années que l’on qualifie de glorieuses, très vite infléchi vers la marginalité, à déconner comme il le dit aujourd’hui avec une sensibilité exaspérée, mais qui protège une personnalité étranglée qui n’a de cesse de se construire face à l’adversité, à l’infortune, le sort.

Boxeur, ex-taulard, voleur à la tire, bagarreur, prisonnier de l’alcool, Alain Barret n’a rien laissé en jachère qu’une société ne veuille rejeter dans son enfer masqué.

1973. Année fatidique. Alain Barret est condamné à cinq années dans l’univers carcéral assorti de quinze années de sursis. Il a 19 ans et une existence déjà pétrifiée dans le désordre qui fige une fatalité sans retour. « Même si à l’époque j’ai fait la gueule, je pense que je n’ai eu que ce que je méritais » écrit-il aujourd’hui.

C’est à Périgueux qu’il est incarcéré mais le révolté contre tout et avant tout contre lui-même participe à une mutinerie. Il termine sa peine à Oermingen en Alsace.

Alain Barret, boxeur. Photo DR
Alain Barret, boxeur 1977 © Robert Legros (pour L’Équipe)
C’est par la boxe qu’Alain Barret va progressivement construire ses repères, son existence. Un milieu où se nichent aussi des pièges qu’il a appris à contrarier, éviter. Sa première rencontre, tout hésitant, à la sortie de prison est Jean-Claude Bouttier, célèbre boxeur, qui le reçoit avec gentillesse et compassion. Alain Barret se rappelle aussi qu’il a eu la chance de rencontrer Alain Mimoun, en 1971, à Mareuil-sur-Belle.

Il tisse ses relations, multiplie les petits boulots coutumiers de sa situation : videur, garde du corps… Il croise ainsi des célébrités telles que Jacques Chaban-Delmas et Jacques Chirac.

L’ancien taulard n’a de cesse de plonger dans le futur et d’examiner ce passé qui, parfois encore, le terrasse. L’alcool est là pour l’aider et le corrompre. Il fait trois comas éthyliques. Un soir, il se regarde dans la glace. C’est le déclic. Il est au cœur d’une tourmente qui voit la mère de ses deux enfants partir. Il décide de rompre avec ce combustible prédateur, compagnon faustien. « Je peux dire, témoigne aujourd’hui Alain Barret, que c’est sûrement un des actes dont je suis le plus fier ».

Alain Barret, boxeur
Alain Barret, boxeur 1978 © Droits Réservés
Perclus d’intenses détresses, poursuivant son état de boxeur, il n’a de cesse de s’occuper de ses deux fils. Il entame, comme il dit dans son ouvrage, « Mon dernier round ».

Il se met à l’écriture. Un exutoire, une façon d’exorciser le temps passé, de plonger dans les méandres de sa vraie nature. Il veut parler, communiquer, transmettre, donner de l’espoir aux âmes torturées. C’est ainsi que voit le jour « Ma vie, ce combat… ». Un parcours qui l’a amené – ce n’est pas sa moindre fierté – au poste de fonctionnaire assermenté du Tribunal de Grande Instance.

Il nous livre ses leçons, celles qu’il a apprises dans ce labyrinthe où fourmillent les pires raisons de se perdre. C’est dans un style direct, simple, efficace qui prend aux tripes, avec une authenticité absolue qu’Alain Barret se met à table. La conjugaison des mots cède face au bouillonnement des faits, de la puissance de cette mise à nue sans concession. Les blessures béantes se taisent devant la conclusion : « Aujourd’hui, je voudrais que l’on me juge , s’il y a lieu, sur ce que je suis désormais et non plus sur ce que j’ai fait , il y a 34 ans ».
Auteur : Pascal SERRE


« Ma vie, ce combat… »

Alain Barret, Éditions P.L.A., 156 pages, 12 €. Commande par email : barretafeu@gmail.com

Pensée de la semaine

« Les livres ne sont pas une réponse à l’univers ni une explication du monde, mais chaque livre important est une grande question qui fait avancer le monde. »
Antonio Soler (1956). Écrivain espagnol, découvert en France en 2000 avec son ouvrage « Les Héros de la frontière ».


Le journaliste périgourdin Pascal Serre est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Anonymous André , le 2 juillet 2011 à 09:13  

Voila un témoignage qui donne un sens nouveau à la justice et impose une grande humilité pour les hommes en noir plus qu'en blanc et aux invertébrés des peines maximales...

Commentaire de Anonymous BONNAL , le 2 juillet 2011 à 09:16  

SUPERBE TEMOIGNAGE MAIS BEAUCOUP D'ERREUR D'UN SPORTIF TOMBE DANS LE CANIVEAU....

Commentaire de Anonymous jean-pierre , le 2 juillet 2011 à 10:15  

l'important n'est il pas d'avoir vécu ? nombreux sont ceux qui meurent d'avoir oublier de vivre !

" sa vie, elle ressemble à ces soldats sans armes
Q'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin,
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés,incertains ...."

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 2 juillet 2011 à 13:46  

Monsieur Bonnal donne par son commentaire une idée de la frustration de celui qui n'accepte pas que l'on puisse courageusement s'en sortir plutot que passer son temps à se plaindre et à s'improviser historien. Qui préfère-t-il l'inspecteur Bonny de Guy Penaud ou le Alain Barret que voici ?

Commentaire de Anonymous alain BARRET , le 2 juillet 2011 à 15:02  

Tomber dans le caniveau peut arriver a tout le monde. Le tout est d'en sortir. perso, même si j'ai fait" une grosse connerie", je pense avoir payé et aujourd'hui, je suis fier de mon parcours qui n'a pas été un long fleuve tranquille.....

Commentaire de Anonymous Eric , le 2 juillet 2011 à 20:27  

On connaissait Bonnal dans ses travers d'historien qui n'est qu'une pâle et fausse imitation de son collègue Penaud (et oui, Bonnal est un ancien flic). A part s'accaparer de documents divers et s'en faire le propriétaire au grand dam de certains (mais c'était il y a vingt ans) le voici en donneur de leçons. Ya de quoi se fendre de quelques mots monsieur Lesourd

Commentaire de Anonymous Dominique Delorme , le 20 juillet 2011 à 19:48  

Ancien boxeur professionnel des années 80 et aussi, ami de monsieur, Alain Barret, je vous invite à jeter un oeil sur ma vidéo, dont le contenu, serait susceptible de vous intéresser, cordialement, Dominique Delorme

AGONIE DU NOBLE ART

Commentaire de Blogger jpeg24 , le 17 décembre 2011 à 18:21  

A Alain Barret :
J'étais présent à ce fameux cross départemental qu'Alain Mimoun honorait de sa présence...puisqu'en tant que prof d'E.P.S au collège de Mareuil j'en étais l'un des organisateurs...
J'ai donc du te croiser puisque tu devais être à l'époque ado à La Rousselière.
Ton témoignage est émouvant, et je suis heureux de voir que cette rencontre avec Mimoun a fait naître une amitié durable entre vous...
Bonne chance !
Jean-Paul Eguisier

Commentaire de Blogger bouttali , le 18 décembre 2011 à 10:25  

Bonjour JEAN PAUL
Oui cette journée restera pour moi un gros souvenir.Alain MIMOUN est un Homme formidable.J'ai la chance de l'avoir pour Ami et, cela est un immense Honneur pour moi.Une dame aussi s'occuper de moi à la Rousselière, et, elle reste elle aussi dans mon coeur, c'est Madame BLANCHET Piérrette qui m'a toujours soutenu et, donné de bons conseils

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 31 décembre 2014 à 13:08  

Salut Alain , merci pour ta dédicace je viens de terminer ton livre moi qui ne lit pas je l'ai trouvé très intéressant et personne n'a a te juger mais pour beaucoup a prendre des leçons
bon courage pour la suite le pote a Alain Vinot
amicalement
René

 

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