Vox populi (la voix du peuple) mardi 28 juin 2011

Le cancan du Coderc est une chronique hebdomadaire dont le sujet est la place du Coderc à Périgueux et ses people, rédigée par le journaliste Pascal Serre :

La chaleur excessive du moment, la période estivale qui plaide pour un rythme à la fois modéré et dissipé ont entrainé notre institut de sondages aux couleurs pétrocoriennes dans des convulsions étonnantes. Les turbulents gamins du Coderc se sont montrés acides et peu diserts. 

Le soleil est déjà bien réveillé et ardent lorsque nous avons pris nos dispositions chez Fée Maison à l’angle de la rue de la sagesse et de la place du Coderc. Marie Deleporte s’affaire déjà depuis longtemps et sa terrasse est bondée.

Elle, derrière le percolateur, et son aide de camp Jean-Luc Peteytas qui va de table en table avec son sourire familier. Cela fait déjà plus de trois ans que l’ancienne poissonnerie a cédé au temps pour offrir ce lieu privilégié parfaitement entretenu et que nous ne fréquentons pas assez assidûment. 

Si Christian, René  et Alain entretiennent fidèlement nos conjurations amoureuses sur notre cité toute méridionale, Jean-Paul a préféré se rendre à sa maison d’Andernos avec femme et bagages.

La controverse d’Art et Eau

Christian est encore tout agité par le spectacle auquel il s’est rendu la veille, sur les berges de l’Isle, face à l’imposante basilique qui a ainsi joué les couche-tard. 
- Ce n’était pas génial et j’y suis allé par curiosité. Ça ne valait pas un feu d’artifice mais ça coûte plus cher !

René et Alain avouent qu’ils n’y sont pas allés ne se sentant pas concernés par ces folies d’un autre temps. René se lance sur la pauvreté à Périgueux dont son journal préféré – Sud-Ouest – s’est fait l’écho cette semaine.

- Je vais faire ringard mais j’ai passé ma vie à me battre pour un peu plus de justice sociale et je découvre que dans ma ville 14% des habitants touchent moins de 950 euros par mois. Ce n’est pas la faute à la municipalité mais quand même. Entre la nouvelle mairie et ces fêtes somptuaires on oublie la solidarité et le rôle social auxquels la mairie devait s’attacher.

Alain se fait plus indulgent.
- C’est facile ce que tu dis. Un jour on se plaint qu’il se passe rien à Périgueux et que la ville se meurt ; un autre jour on démolit joyeusement une initiative qui a le mérite d’être gratuite et originale.
- D’accord mais quand même, tu n’y es même pas allé et moi je te dis qu’en tout état de cause le spectacle d’hier soir est raté. Rappelez-vous le spectacle son et lumière du début des années quatre vingt-dix, au pied de la cathédrale et bien c’était dix fois mieux et je n’ai jamais entendu que ça coûtait des fortunes ;  assène Christian décidément bien en verve.

Silence meurtrier. Chacun avale son café et balade son regard alentour. Il fait déjà chaud et les touristes débarquent ici et là, appareil photos en bandoulière. Les visages sont déjà fatigués par le bouillonnement exalté, excessif et que je trouve un peu impertinent, voir arbitraire.

D’un préfet à l’autre

Beatrice Abollivier
Béatrice Abollivier Elle part en laissant la grenade dégoupillée de la carte de la future intercommunalité
© Pascal Serre
Pas un siège sur la terrasse et les clients s’attardent avec une nonchalance estivale. Je lance la conversation sur le départ de Béatrice Abollivier vers les terres Charentaises ou, plutôt les rives de La Rochelle. Mes compères se font une fois de plus amers.
- On ne l’a pas vu souvent sur le Coderc. C’est un signe.

Christian sait de quoi il parle, lui l’ancien de la préfectorale.
- Autrefois, les préfets s’inclinaient devant le rituel du marché. Leur épouse venait pour leurs emplettes et prendre le pouls du pays. Cette fois, mis à part les rodomontades entre elle et les élus je ne crois pas qu’elle laisse grande chose. Elle part en laissant la grenade dégoupillée de la carte de la future intercommunalité. On dit même qu’elle aurait poussé au départ le sous-préfet de Sarlat pourtant très apprécié mais qui avait eu le tort de se pencher un peu trop sur les finances locales de Sarlat. Enfin tout ceci sont des racontars de mes anciens collègues bien entendu.
Le nouveau préfet, Jacques Billant, sera là pour le 14 juillet. Il vient de l’Ariège.


Jacques Billant préfet de la Dordogne
Jacques Billant le nouveau préfet de la Dordogne
© Ministère de la Justice/DICOM/Caroline Montagné
C’est un ancien militaire, formé à Saint-Cyr. Il fut chef de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur si mes renseignements sont bons.


René sursaute.
- De Nicolas Sarkozy ? Et bien il vient préparer les présidentielles et mettre de l’ordre dans ce département franchement à gauche. 
- Ç'a toujours été comme ça, reprend Christian, grand commis de l’Etat, le préfet est toujours au service du pouvoir en place et le jeu des nominations, je le rappelle, se fait en Conseil des ministres. Ce n’est pas neutre.

L’impétuosité des propos répond à l’irritation provoquée par la rotation du soleil qui nous place au centre de ses flammes. Christian s’essuie sur le front et demande un verre d’eau que Jean-Claude apporte derechef au grand désarroi d’un couple assis près de nous et attend qu’on s’occupe de lui. Ils ne savent pas qu’ici les stars sont anonymes et seules embrassées des initiés.

La turbulence est-elle proche de la folie ?

Alain qui témoigne d’une impatience bien distincte se prépare à nous quitter car il trouve nos échanges trop politiques. Un groupe de touristes attend déjà que nous libérions notre place. Notre exil hebdomadaire va être entamé. René et Christian semblent bougons. Est-ce un comportement dû à la chaleur excessive ? Peut-être.

Me voici d’un coup bien seul. Même pas eu le temps de parler du dernier conseil municipal. Et personne n’a songé à y aller de sa tirade sur ce rituel que j’ai trouvé consensuel et finalement assez mou. Ceci n’engageant que moi. Tout en reprenant mon carnet de notes je m’interrogeai sur ces réactions déréglées mais réelles. Le peuple reste le peuple. Vox populi ? On y adjoint le plus souvent Vox dei…Un auteur inconnu aurait écrit à cet effet : «  Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours proche de la folie ». Que me voici bien désemparé…
Auteur : Pascal SERRE

La Bouteille Enchantée. Une vidéo sympa de Jean-Pierre Monmarson (notre garde-champêtre), montrant la bouteille géante réalisée par des artistes italiens pour le festival Art et Eau
© Jean-Pierre Monmarson


Pascal Serre, journaliste périgourdin, est membre de :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)

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Commentaire de Anonymous Philippe , le 29 juin 2011 à 00:45  

Bonjour à tous,
Ainsi, pour une fois qu'était organisée une animation culturelle gratuite ouverte à tous et pas seulement réservée aux "élites" et aux notables de Périgueux, cela ne va pas... Décidément, nous allons finir par penser que quoi que fasse la municipalité actuelle cela sera toujours du mauvais. J'imagine que cotoyer le bas peuple, tous ces manants smicards doit vous déranger au plus haut point.
Il est vrai que ce festival a manqué de chance. Ce week-end étouffant a sans doute découragé beaucoup de personnes qui ont préféré rester au frais. Personnellement, j'ai adoré la bouteille des artistes italiens. Une création remarquable...
Cher Monsieur Serre, quand allez-vous consacrer une de vos chroniques à la gigantesque escroquerie de vos amis au pouvoir quant au fait que l'état demande aux collectivités locales de prendre en charge de nombreuses dépenses sociales anciennement gérées par l'administration centrale sans reverser les budgets idoines à ces mêmes collectivités ? Mais peut-être que le sort des plus démunis de nos concitoyens ne vous intéresse plus, une fois vos réunions aux terrasses des cafés pétrocoriens terminées... Et pourtant, il y a de quoi écrire, notamment sur le quartier de la gare qui devrait devenir votre cheval de bataille !

Commentaire de Anonymous Pascal SERRE , le 29 juin 2011 à 09:23  

Cher Philippe,
vous ne pouvez ignorer que l'on a jamais des amis au pouvoir car ce dernier détruit l'amitié... Ceci dit, les propos retranscris ne sont que l'expression de quelques esprit malins mais - je les connais bien - au contraire très attentif au plus démunis et à ce que vous appelez "la gigantesque escroquerie". Sujet technique malheureusement, politique incontestablement et dont l'ampleur n'aura de cesse de se développer (avis personnel). René était choqué par la pauvreté mentionné dans son journal (voir le billet). Chacun m'a avoué - en off - qu'ils étaient trés pessimistes sur le sujet. Nous y reviendrons certainement... Merci pour votre propos.

Commentaire de Anonymous jean-pierre , le 29 juin 2011 à 12:11  

Bonjour à Philippe , à Pascal et à tous,

Je suis toujours surpris lorsque le lis ce genre de commentaire sur la participation financière de l'Etat aux charges des provinces.
L'Etat ne paye pas ou l'Etat paye et on cause pendant des heures ...Il devrait être assez simple de consulter les chiffres, mais ça pesonne ne semble le faire !
Par contre l'augmentation de la TIPP et la création d'un nouvel impôt sur l'essence au 01/01/2011 par la région ... on en parle un peu moins à gauche ...

Commentaire de Anonymous Simone , le 30 juin 2011 à 13:44  

Je suis surprise par la qualité de cette rubrique que l'on m'a conseillé. J'ai visité quelques billets et ils sont plein de bon sens et d'authenticité. Dommage que ceci ne soit pas plus connu. Qui en est l'auteur et le financeur ? Question peut-être indiscrète ?

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 30 juin 2011 à 14:46  

De gauche ou de droite je crois que l'on a tout essayé en 30 ans ! C'est à Athènes, dans la rue, que les choses vont enfin bouger. Ce sont pas des français qui bloqueraient les autoroutes pour faire passer gratuitement les citoyens pour protester ! Les croquants sont au Pirée ! A Périgueux on roupille, un vrai lupanar pour voyageurs de quatrième classe sur le titanic rebaptisé... France ! Vive les grecs qui renvoient tous leurs politiques dans la zone euro et veulent retrouver leur drachme et leur ouzo ! Basta !

Commentaire de Anonymous Anonyme , le 30 juin 2011 à 21:36  

Du côté de Sarlat on dit que la préfète à fait virer le sous-préfet car il avait mis son nez dans les comptes de la mairie et que ce n'était pas joli, joli. Mais de ça personne en parle. Du moins les journalistes. Même Périblog n'en dit pas beaucoup. Pour ce sous-préfet était apprécié

Commentaire de Anonymous Jean-Christophe , le 2 juillet 2011 à 19:10  

mais zalors dame béatrice faisait de la politique ? Le suivant n'en fera pas. juré, craché. Même Sarko l'a dit... C'est bien pour ça qu'elle est promu non ?!

Commentaire de Blogger Périblog , le 2 juillet 2011 à 20:07  

Réponse à Simone :

Tout flatté vit au dépend de celui qui le flatte.
Vous avez la réponse -- vous y ajoutez la passion et le bénévolat, et le plan de financement est bouclé.
Pascal et William

 

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