Tu allais à la messe ? mardi 26 janvier 2010

Le cancan du Coderc une chronique de Pascal Serre


En ce samedi de milieu de mois de janvier c’est une belle matinée d’hiver qui s’offre à nous. A la Périgourdine : sèche, une note de soleil entre deux grosses masses de nuages gris sympathiques. Les terrasses des bars et autres lieux de « delicatessen » de notre place préférée — les autres sont toutes aussi charmantes — sont bien chargés.

« Alors, demande Alain, on fait une dégustation d’huîtres où autre chose ? » De l’avis général on vote pour la nouveauté : aller chez « Fée maison ». « On s’était promis d’y aller » je souffle dans l’oreille de mon ami Christian.

Terrasses dédiées avant tout aux fumeurs, mais aussi quelques touristes que l’on repère très vite à leur façon particulière de paraître surpris de ce qui nous est habituel. Ils ne posent pas les yeux de la même manière sur les tomates ou les cabas de nos messieurs qui accompagnent leur dame. Et puis il y a ces journaux dépliés aux noms inconnus et qui fleurent bons le nord de l’Europe.

La façade de la Fée Maison sur la place du Coderc à Périgueux
La Fée Maison sur la place du Coderc à Périgueux. On entrevoit la rue de la Sagesse à gauche
Nous voici devant la façade de « Fée Maison », chez Marie. Mais à l’intérieur pour l’intimité toute relative il est vrai car il y avait du monde. Ce n’est pas encore une institution mais tout est fait pour que celle-ci le devienne. Ce n’est pas la même clientèle que chez nos autres compères mais il faut savoir changer.

Marie est une personnalité. Toute petite mais des yeux magiques et un sourire incomparable. Jean-Paul, notre ancien artisan de serrurerie-plomberie et chauffage, toujours au fait de la vie locale l’a connue quand elle tenait « le Lutétia » place des jets d’eau comme disent les vrais Périgordins, là où il y avait le théâtre jusqu’à la fin des années cinquante : « je prenais quelquefois un café ou un demi. C’est bien ce qu’elle a fait. C’est différent de notre « Coderc » ou de notre « Truffe » faut bien s’ouvrir au… monde »

C’est vrai qu’à Périgueux le monde s’ouvre au coin de la rue. C’est une spécificité des villes de province qui ont un charme indéfinissable et des secrets bien conservés.

Et la discussion est lancée quand on découvre le serveur, Jean-Luc Peteytas : « Tu es là toi ! » s’enquérit Alain qui a bien connu la vie commerçante et les familles Périgourdines de l’après-guerre à la fin des années soixante-dix. — C’est que la famille « Peteytas » est familière de Périgueux et engagée dans la vie du diocèse — « je croyais que tu étais toujours au Café de Paris avec ton frère. »

« J’ai connu, commente Christian, notre fonctionnaire de la préfecture, Jean-Claude, son père aujourd’hui diacre. C’était à l’église Saint-Georges où, déjà, il participait à la vie de la paroisse au début des années soixante. » Je confirme sans confession.

« Tu allais à la messe toi ? » tranche René, notre communiste. « Et oui, répond Christian, pour faire plaisir à ma défunte femme. »

Pendant ce temps, notre serveur, pris par son travail, avec beaucoup de gentillesse nous laisse à nos souvenirs. C’est que la salle est pleine et nous trouvons peu de visages connus mais peu importe. Nous avons notre café avec son chocolat et on peut continuer à se remémorer le bon temps.

Guy Penaud, historien périgordinGuy Penaud, historien périgordin
René : « Quand je pense que ses deux fils, Jean-luc et Stéphane sont « barman » c’est un autre monde quand même. Tous les deux travaillaient au Café de Paris. » Nous l’écoutons avec intérêt, en découvrant l’arôme de notre café bien chaud à souhait : « Selon notre historien local Guy Penaud le Café de Paris aurait été ouvert à la fin des années 1880. C’était un théâtre avec des concerts. Il y avait un jardin d’été et une grande salle d'hiver. Je me rappelle y être allé danser jusque dans les années soixante. On y faisait aussi les meetings politiques. Et c’était chaud, il y avait de la contradiction à l’époque. » Stéphane dit « Mafio » est toujours au Golden Ice Café ou, si vous préférez au « Café de Paris ». Jean-Luc a suivi Marie quand elle a ouvert. « Vous croyez, poursuit Jean-Paul, qu’un historien parlera de nous ? » Rire général des cinq compères.

« J’avais entendu parler de tout cela mais saviez-vous que Jean-Claude — le père de Jean-Luc et Stéphane - est même l’aumônier des forains et des artisans de la fête ? » reprend Christian.

Et chacun, en chœur de dire : « Et bien ce qui est commun à tout ça c’est la fête ! » Une petite gorgée de café et René prend la parole : « Moi, je vais vous dire, je suis un mécréant mais notre évêque (2) il fait du bon boulot » Et de continuer : « Vous avez vu comme il a pris la parole pour défendre les gars de chez Marbot (1). J’ai lu dans le journal qu’il était allé voir les prisonniers et, ce qui ne gâte rien c'est un fan de rugby. Pas côté gradin, il a souvent usé ses crampons du côté de Castres dans le Tarn. Il paraît qu’il est d’une simplicité qui marque, de mon point de vue et avec mon âge les gens intelligents. On est loin de l’époque où il fallait baiser l’anneau de l'évêque en s’agenouillant. Je me rappelle de l’arrivée de Jacques Patria (3), ce devait être en 1965, il y avait encore le Garde suisse et on ne badinait pas avec l'Église. C’est tout juste s'il n’y avait pas la chaise à porteurs. C’était encore l’époque de l'alliance du « sabre et du goupillon ». Autant vous dire que je n’y étais pas. »

Alain : « J’ai un ami qui m’a dit qu’il allait être admis à la confrérie du Pâté de Périgueux et qu’il savait bien manier la fourchette et apprécier les bons vins. »

Le café est achevé mais la conversation se prolonge. Cela faisait deux semaines que l’on ne s’était pas retrouvé et il manque du monde à l’appel. Tant pis. On demande à Jean-Luc un nouveau café pour la route. Jean-Paul reprend : « C’est quand même une ville extraordinaire où nous vivons. Je croisais tout à l’heure, devant la mairie, le responsable des musulmans de Périgueux. Je n’ai pas pensé un seul instant à ces histoires de minarets. Il était entouré de ses clients et clientes car il vend des fleurs. Ce n’est pas beau tout ça ? » Et René de conclure en demandant l’addition : « Vous voyez les copains, le débat sur l’identité on vient de le faire et on a pas fait l’ENA ! »
Auteur : Pascal SERRE
(1) Marbot est une usine de chaussures située à Neuvic-sur-l’Isle qui fut un fleuron de l’économie locale avec près de 2 000 personnes et qui vient de licencier ses 72 derniers salariés.
(2) Michel Mouïsse
(3) Jacques Patria né en 1915 fut évêque de Périgueux et Sarlat de 1965 à 1988. Il est décédé en 1999.


Pascal SERRE
Rédacteur en chef :
  • JOURNAL DU PERIGORD
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  • Institut Montaigne (Paris)
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Du Coderc à Haïti lundi 18 janvier 2010

Le cancan du Coderc une chronique de Pascal Serre


Ce petit matin du samedi 16 janvier était délicieux. Tout d’abord, ce temps gris succédant à une brume hivernale, cette petite pluie crachotante, fine, doucereuse parfois qui vient titiller nos beaux vêtements encore tout apprêtés pour les fêtes de noël, le vent qui tacle les joues et les rosit. Le tout sans excès. Et puis, tout le rituel des lieux a repris ses marques. Le Coderc reste le Coderc. De l’entrée de la rue Saint-Silain au « Bar » il faut bien une demie heure…

« Deux semaines sans se voir c’est long quand même… » lance René venu à pied du Toulon et qui se frotte les mains. Jean-Paul, notre artisan de Saint-Georges « allez on rentre au Coderc et on prend un café pour commencer. » On attend Christian, notre fonctionnaire de service qui longe l’ancienne poissonnerie moderne devenue « Fée maison » qu’il nous faudra — à notre façon — inaugurer. Surtout que Marie est une adorable petite femme bigrement active et professionnelle. Christian arpente avec un gros cache-col, saluant au passage en soulevant son chapeau, les uns et les autres franchissant ainsi les derniers mètres qui nous séparent de lui un peu comme un cycliste à une arrivé d’étape.

On entre dans le bar toujours archicomble et on arrive à occuper une table, la seconde étape étant de trouver les chaises pour chacun autour de nous.

« Quatre cafés s’il vous plaît chef ! » clame René qui pousuit : « Quand on s’imagine au séisme neigeux de la semaine passée qui nous a été imposé on est un peu sans voix. » « Alors, les gars, dis-je, avez-vous vu en Haïti ? C’est autre chose ! » Et en chœur, les trois autres : « Ah ça c’est sûr ! ».

Je sors de ma poche des photos reçues d’Haïti dans la nuit par internet avec quelques commentaires. Sur cette même place du Coderc, en 2005, à l’occasion du Congrès de l’Union des Clubs de la Presse Francophone, le Président du club d’Haïti était venu avec une jeune journaliste du pays, Nicole Siméon . L’année suivante, elle revenait en stage à Sud-Ouest. Maurice Melliet, artiste, poète humaniste bien connu dans Périgueux, s’était rendu aussi en Haïti en mission humanitaire.

Les régatiers se rappellent encore de ses passages truculents et joyeux de Nicole et elle avait même accouché d’une petite fille – Sarah – en juillet dernier à Paris. Elles étaient venues se reposer à Chancelade. Et le papa, journaliste coopérant Français en Guinée les avait rejointes. Nous devions leur rendre visite en Haïti cette année ou l’an prochain. »

Inutile de dire l’angoisse à partir de jeudi et le temps passé à essayer d’avoir des nouvelles. Nicole avec sa petite fille Sarah ont été extraites dans les premières heures pratiquement indemnes. Après 36 heures sous les décombres, Roxanne, Mwinda (entre 7 et 12 ans) et Rose, la nounou ont été sortis par la protection civile française. Une chance inouïe. Seul Internet a permis les contacts. Aucun réseau téléphonique. Voici les commentaires de Nicole : « Il s'agit de l'amas de béton et de fer qu'est devenue la maison de Flore qui travaille à l’ambassade de France à Port-au-Prince et des filles; le dégagement des filles et de Rose, leur nounou, après près de deux heures de travaux par les pompiers français et une photo souvenir de tout ce beau monde, sale, fatigué, puant la pisse de clochards, mais nous tous heureux, tellement heureux de ce dénouement miraculeux. Merci aux uns et aux autres pour votre soutien. On a perdu beaucoup d’amis et de connaissances. Nos maisons sont en ruines, quand elles ne se sont pas carrément effondrées. On dort à la belle étoile depuis trois nuits (il n’y a que les enfants qui s’en amusent) de peur que ce qui est encore debout ne s’effondre sous les petites secousses qu’on continue à avoir. Il y a une vraie solidarité entre nos voisins. Haïti est sur les genoux. On approche les 100 000 morts et trois millions de sans abris, peut-être 300 000 blessés, on ne sait plus... Les aides tardent à arriver à la population. On commence à craindre les pénuries en eau potable et en produits de première nécessité, on a sérieusement besoin de l’aide extérieure… on craint des épidémies pour les semaines à venir.
Merci de vos prières pour ceux qui y croient : pourvu qu’on n’ait pas de réplique…
Alors là, personne ne pourra survivre... » (samedi 15 janvier 04h 42)

Maurice Melliet et Alain Bernard
Maurice Melliet l'humaniste et Alain Bernard le journaliste au canotier lors d'une fête donnée au Théâtre en son honneur
Découvrant les photos, les potes sont médusés. « Mais on ne savait pas que Périgueux avait des liens avec ce pays si éloigné et si pauvre… » reprend Christian alors qu’à l’extérieur une poignée de bonbons vole en l’air, et qu’une voix de stentor réchauffe le banc d’huitres de Jeanine qui lui en ouvre une que le journaliste au canotier dévore sans partage. « Je peux en avoir une autre ? Tu es merveilleuse, divine ! » Et hop notre « localier » disparaît. La vie reprend ses droits.

« Mais, dis-nous, tu ne penses pas allez là-bas pour les aider ? » interroge Jean-Paul. Et de reprendre la parole : « Si, mais c’est très difficile. N’oublions pas que le Directeur de Cabinet du Ministre de la Coopération est Périgordin : Jérôme Peyrat. Qu’un autre Périgordin est secrétaire-général adjoint de l’Elysée, Christian Frémont. Ça peut aider mais il faut que l’aide proposée corresponde à un besoin. En matière de presse presque tout est à reconstruire. » Le patron du bar qui a écouté distraitement : « L’argent c’est bien mais faut aussi des gros bras pour faire le travail. Je vous sers autre chose ? » René insiste « quatre cafés et c’est pour moi ! »

Il est midi trente. Un peu sous le coup de ces événements d’Haïti on a oublié tout le reste. Mais, juré, craché, ne croyez pas que les petites histoires locales se sont arrêtées pour autant. À la semaine prochaine.

Auteur : Pascal SERRE
Les rescapés devant les pompiers de la sécurité civile de Marseille avant qu'ils aillent aussitôt délivrer d'autres victimes du séisme
Pascal SERRE
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Hélène Robert tire sa révérence vendredi 15 janvier 2010

Et bien voila un chapitre de cette ville qui se referme, puisque Hélène Robert, vient de tirer sa révérence hier soir au cours d'un pot d'adieu réunissant plusieurs de ses amis. Beaucoup de ceux présents l'avaient soutenue lors d'une affaire, voici deux ans, qui l'avait confrontée à la société immobilière Investimo. Cette affaire avait pris une bien fâcheuse tournure et Hélène avait été forcée de quitter ses locaux rue Daumesnil (là où le plafond est présentement effondré), et amenée à pétrir la pâte dans ce local exigu mais au plafond haut et solide, face à la place du Marché aux Bois.Hélène Robert hors du pétrin
Un de mes clients, propriétaire de « Les Fermes de La Tisonnie », un nouvel ensemble de gîtes près de Ribérac pour lequel je termine un site internet (prévu pour fin février), et Hélène Robert qui dit adieu au pétrin. On aperçoit Laurent Cattoire derrière le comptoir
Sa petite entreprise, vous l'aurez sans doute lu dernièrement dans la Dordogne Libre ou le Sud Ouest, a été reprise par un grand gars du nord, un vrai Ch'ti comme on aime à dire depuis peu, l'air de s'y connaître et avec l'impression d'être drôle soudain. Laurent Cattoire de Linselles au nord de Lille, assure déjà depuis quelques semaines la production de pains variés et de tartes. Il pense ajouter plus tard à sa production, une touche personnelle et quelques produits bio et locaux, mais ce qu'il conservera pour sûr calligraphié sur la vitrine, c'est ce nom qu'il juge excellent et aujourd'hui célèbre entre tous à Périgueux : Le Pétrin d'Hélène

Nous souhaitons bien entendu bonne chance à ce nouvel arrivant, et de nombreuses et belles années à Hélène, notre vaillante retraitée.

Lire un de mes article concernant Hélène Robert qui fut publié sur le Journal du Périgord en septembre 2008


Article d'Alain Bernard qui a paru dans le journal Sud Ouest cette semaine.
Boulangère atypique, Hélène Robert passe la main de son Pétrin, rue Saint-Front. Un Ch'ti passionné lui succède

Hélène part sereine de son fournil

Un personnage du centre-ville de Périgueux tire sa révérence. Hélène Robert, boulangère atypique alignant sous son comptoir du « Pétrin d'Hélène » des livres à emporter, cède la place à un Ch'ti, Laurent Cattoire, qui a mis la main à la pâte après vingt-trois ans dans la téléphonie.

Laurent Cattoire va remplacer Hélène Robert © Sud-Ouest
Laurent Cattoire va remplacer Hélène Robert.
(PHOTO ARNAUD LOTH)
Dans le petit magasin de quartier du 14, rue Saint-Front (qui servit aussi de permanence à Michel Moyrand), ce gaillard de 45 ans explique : « Du fixe hyper- classique jusqu'au portable pendant treize ans chez SFR, c'est par passion que j'ai fini dans la boulange ! Après mon CAP en 2007 à Aurillac, je suis reparti dans le Nord et en Belgique... jusqu'à ce que je tombe sur Hélène grâce à boulangerie.net ! »

Le fait d'avoir de la famille l'été à Brantôme a fait, pour Laurent, définitivement pencher la balance, avec premier contact avec Hélène Robert en octobre dernier.

Le combat du Greffe

Hélène ne pouvait, à vrai dire, abandonner sa chère boulangerie à n'importe qui. Titulaire d'un Deug de langues, cette native de Belgique élevée aux Pays-Bas, s'était mariée à Nice. Elle a eu trois enfants, âgés aujourd'hui de 32 à 36 ans, et repris à ses beaux-parents la boulangerie niçoise où elle a appris l'art de la pissaladière.

En 2002, elle s'est installée dans le Greffe à Périgueux, constellant sa vitrine de poèmes et d'aphorismes. Pour cause de rénovation d'immeuble, elle a été expulsée le 25 mars 2008, s'est révoltée en allant vendre au marché des petits bouts de papier-toilette. Souvenirs: « La Ville m'a portée à bout de bras, des chèques ont été envoyés à l'huissier. » Elle avait alors bénéficié d'un « bail précaire » très avantageux du tapissier Luciol, racheté du matériel au meunier Alain Mazeau. Reconnaissante, elle a renvoyé l'ascenseur en aidant l'animation du quartier. Aujourd'hui, elle offre des facilités à Laurent pour la relève, plus motivée par les sentiments que par les calculs de quintaux de farine.

Des produits maison (sauf les croissants), une cinquantaine de clients par jour qui causent de la pluie et du beau temps : c'est le bonheur, sauf qu'il faudrait matérialiser dehors un stationnement rapide...
Auteur : Alain Bernard

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Le tour de Périgueux en quatre-vingt minutes lundi 11 janvier 2010

Le cancan du Coderc une chronique de Pascal Serre


Nous voici déjà samedi 9 janvier. Le grand sujet c’est la neige. Dès neuf heures, les uns, les autres, on se téléphone : « Alors c’est comment chez toi ce matin ? ». De Boulazac à Chancelade, de Saint-Georges à Vésone même son de cloche : « On ne sort pas. La rue est impraticable. » On a l’impression d’être en Sibérie. Le Périgourdin est parfois un ours mais pas polaire.

On ne peut même pas invoquer le vin chaud au parfum de cannelle et le journal qui fait défaut. Un des nôtres reçoit son journal à domicile et me donne ses grandes nouvelles. Mais nous convenons que ça ne vaut pas notre « tour de Périgueux en quatre-vingt minutes » pas une de nos discussions de comptoirs. Pourtant, petit pincement au cœur, il va manquer quelque chose cette semaine.

Le pire c’est le pain ! Chacun se demande comment il va aller chercher « son pain ». Ce qui amène, au téléphone, René, l’ancien cheminot, à évoquer le départ de Hélène Robert, la boulangère de la rue Saint-Front : « Fort heureusement c’est un « Ch'ti » qui prend la relève. Avec la neige il sera pas dépaysé. » Et mon bon ami de me dire « Il paraît que les vœux entre Cazeau (1) et la préfète (2) comme on dit maintenant étaient plutôt placés sous le signe de la « scène de ménage ». Sacha Guitry se serait régalé et aurait pu être inspiré par quelques citations telles que « Le célibat ? On s’ennuie. Le mariage ? On a des ennuis. » Soyons sérieux, le premier s’est vertement étonné de la rapidité avec laquelle on avait « sauvé les banques » et « le temps pris pour résoudre le chômage. » La seconde, plus arrondie, souple et doucereuse : « Je fais un rêve que dans les mois à venir l'énergie des Périgourdins soit mise à profit, canalisée et concentrée vers une vision commune pour ce territoire. » Mais c’est aussi une main de fer dans un gant de… satin. » Que puis-je rajouter quand les huîtres et le Bergerac de La Jaubertie ne sont pas là ? Nous nous quittons sur ces bonnes paroles en espérant nous retrouver samedi prochain, comme d’habitude.

Je me décide à appeler un autre de nos bons amis lequel, comme tous, est bien au chaud chez lui. Après les salutations d'usage, il entame son sujet favori, la mairie et ce qu’il qualifie de « bouffonneries » : « Tu as vu, encore une fois, nos histoires picrocholines locales me désolent. Entre Michel Moyrand, le maire, et son opposant Philippe Cornet c’est « bonjour tristesse. » Le second n’aurait pas été invité aux vœux du personnel par le premier. Et mon interlocuteur de lancer : « les chômeurs, les SDF et autres s’en battent les flancs jusqu’au moment où ils leur donneront un bon coup de pied dans les fesses comme en 1789. Non mais c’est quoi ça ! On ne les a pas élus pour ça ! » Et de rajouter : « Ils sont pas bêtes à ce point. Je connais l’un et l’autre. Je penche pour un coup des médias qui en profitent pour faire monter la mayonnaise et vendre leur savonnette ! »

Je raccroche mon téléphone et appelle un autre compère, Jean-Paul qui habite « la Commune libre de Saint-Georges. » (3)

J’avais pas décroché que j’entends : « Ah c’est toi. Moi, je ne mets pas le nez dehors. Je suis juste surtout pour aller chercher la « DL » et mon pain. » Et de renchérir : « Quel temps pour les soldes et « Cœur piéton. » Il faut appeler Monseigneur Mouisse (4) pour exorciser cette affaire. Un samedi il pleut, un autre il neige comme jamais et pourtant une ville sans voiture ça devrait être un régal. Sauf à Périgueux… Et je te parle pas du match de dimanche entre le Trélissac Football Club et l’Olympique de Marseille ça c’est bon pour nous. Les Marseillais sous la neige ! C’est comme des phoques au Sahara ! (5) »

Bien sûr, toute la petite équipe s’inquiète de savoir qui est allé place du Coderc, si tel ou tel régatier est venu, si il y a eu des clients. On pense aux uns et aux autres. Une sorte de solidarité de la banquise du « Coderc ». L’un d’entre nous, Christian, notre révérée mémoire du Conseil général, courageux comme Roland à Roncevaux (précisons qu’il habite en centre ville) est allé fureter dans la vieille ville.

C’est lui qui m’appelle : « alors je ne t’ai pas vu ? » J’ai balbutié que « le grand baptême de la neige m’avait amené à « surfer » sur internet.» Et Christian de répondre : « on t’a servi un café avec ton intertruc ? »

Il prétend qu’il y avait peu d’animation, mais que la bonne humeur était au rendez-vous : « La municipalité avait fait le nécessaire et on pouvait circuler sans problème. Faut arrêter de râler pour un oui ou pour un rien. » Et de me poursuivre son rapport presque des renseignements généraux : « Il y avait le démarrage des « soldes » qui a profité aux résidents du centre ville. En plus il faisait meilleur dans les magasins que dehors même si beaucoup avaient tiré leur rideau je peux comprendre mais, quand même, les gars on n’est pas en Terre Adélie.

Michel TestutMichel Testut, écrivain périgordin
Tiens tu relis « les petits matins » de Michel Testut, l’auteur connu que je relisais et qui a écris : « Il faut dire que chez nous, la neige tient du miracle. (…) Elle prend chaque fois des proportions de cataclysme imparable, mais comme pour rire. » (6)

« J’ai pris par contre deux cafés tout seul à la « Truffe » car je n’avais pas chaud. C’était plein et je suis resté debout, dans un coin. Je n’ai même pas pu déplier mon « Sud-Ouest ». « Et comme j’ai eu ma place pour le match de dimanche je prépare les pulls, manteaux, cache-cols et gants. Je vous raconte tout ça samedi… si tout va bien. »

Et fichtre, déjà midi ! Presque quatre-vingt minutes au téléphone. Si je ne suis pas Jules Verne, Périgueux c’est bien le « tour du monde mais en quatre-vingt… minutes. » Mais, comme dit ma copine Anne Roumanoff : « on ne nous dit pas tout ». Surtout quand on va pas place du… Coderc.

Décidément, la semaine va être longue avant nos retrouvailles…

(1) Bernard Cazeau, Président du Conseil général et Sénateur
(2) Béatrice Abovilliers, Préfète de la Dordogne
(3) Chaque année, depuis la fin du XIXème siècle, à l’occasion des traditionnelles fêtes, en mai, c’est l’élection d’un maire de la « Commune Libre de Saint-Georges »
(4) Monseigneur Michel Mouisse, évêque de Périgueux et Sarlat
(5) Trélissac 0 face au mastodonte de l’Olympique de Marseille 2
(6) Petits matins en Périgord et ailleurs, Michel Testut, La Lauze.


PASCAL SERRE
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Trélissac FC contre Olympique de Marseille samedi 9 janvier 2010

Trélissac contre Olympique de Marseille à 17h30 au stade Francis-Rongiéras de Périgueux


Résultat final : Marseille 2 - Trélissac 0

Le stade Francis Rongiéras à Périgueux lors du match Trélissac Marseille
Le stade Francis Rongiéras à Périgueux lors du match Trélissac - Marseille dimanche 10 janvier 2010.
Photo de Dominique Louis, photographie aérienne sans bruit et sans pollution par ballon captif.
Site web : www.altitudephoto.fr


Ceux qui me connaissent diront que ce billet n'est qu'une tentative éhontée de ma part d'attirer des lecteurs vers mon blog. Ils auront raison...

Le foot n'a pour moi d'intérêt que lorsque la France joue pour la Coupe du Monde. Alors là, mon patriotisme éclate (modérément), même si nos recruteurs ont eu la main forte et choisi la facilité en misant presque entièrement sur les talentueux joueurs d'origine africaine pour composer notre équipe nationale.

Football, ballonJe fais fi des quolibets que me jettent régulièrement à ce sujet mes amis xénophobes à l'étranger, dont les réussites des équipes sur les terrains internationaux, avec pourtant une bien plus faible minorité de joueurs blacks, sont tout aussi frappantes que les nôtres. J'occulte les couleurs au cours des mondiaux, et je soutiens avec autant de ferveur nos blacks et nos beurs que nos deux ou trois mangeurs de saucisson de souche restants, qui forment à eux tous une seule entité : l'équipe qui représente tous les français.

Comme je ne suis pas faussement moraliste, j'envoie aussi avec un peu de retard mes chaleureux remerciements à Thierry Henry et à Dieu, son élier, qui lui a donné un si joli coup de main au moment le plus opportun... cela me permettra de voir sans ressentiment cet été, de belles images d'un fascinant pays, l'Afrique du Sud que j'ai eu l'occasion de visiter dans le passé.

Ainsi donc, aujourd'hui dimanche 10 janvier, c'est l'Olympique de Marseille, port méditerranéen qu'une sardine grosse comme cela, bouche occasionnellement, contre Trélissac FC, commune communiste très ambitieuse située à deux pas de Périgueux...

Ou non... on ne sait plus. Selon le blog de Cédric de Boni à Trélissac la partie se jouera... ou pas. Mon ami Dominique Louis qui devrait prendre des photos aériennes du match avec son ballon, m'a dit avoir vu des gens s'affairer autour de bâches dans le stade Francis-Rongiéras au cours de l'après-midi de samedi. Bonne mère, on ne va pas laisser quelques flocons de neige nous gâcher l'occasion ! Comme les joueurs marseillais ont atterri samedi en début de soirée à Bordeaux, je serais prêt à croire la dernière exclamation en date de Cédric. La partie de football entre Marseille et Trélissac aura bien lieu !!!

Bien sûr, je dis cela avec emphase pour vous qui venez d'arriver sur Périblog en quête d'information sur ce sujet. Personnellement je n'ai pas envie d'attraper de nouveau la crève en restant trois heures à grelotter assis sur un siège gelé. Après une probable ballade sur la Voie Verte je rentrerai me mettre bien au chaud chez moi, et peut-être alors écouterai-je France Bleu Périgord* pour connaître l'issue de la rencontre.
* fréquences : Périgueux 99.3, Ribérac 90.5, Bergerac 99, Saint Astier 101.1, Sarlat 89.1, Mussidan 104.4

Aux joueurs de Trélissac je dis « merde à vous ! » puisque c'est censé porter chance.Périgueux sous la neige le 10 janvier 2010
Beau temps à 14h00 sur Périgueux dimanche 10 janvier 2010
Ecran placé sur la place du Coderc pour voir le match Marseille contre Trélissac
Un écran avait été placé sur la place du Coderc pour retransmettre le match en direct. On pouvait boire à La Truffe et manger du bon poulet fermier que servait La Rotisserie du Périgord installée en face. Mais avec un tel froid à la tombée de la nuit, les consommateurs et les supporters étaient-ils au rendez-vous ?

Ma ballade sur les berges de Lisle

Le bar La Vertu à Périgueux sous la neige
Le bar La Vertu sous la neige
La Voie Verte sous la neige avec Saint Front de Périgueux le 10 janvier 2010
La Voie Verte et Bleue sur les berges de Lisle entre Trélissac et Périgueux
La Voie Verte sous la neige le 10 janvier 2010La Voie Verte sous la neige le 10 janvier 2010

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Vous avez pas l’air d’avoir la frite les gars ! lundi 4 janvier 2010

Le cancan du Coderc avec Pascal Serre


Il est un peu moins de treize heures ce samedi 2 janvier. Ce n’est pas vraiment l’heure pour découvrir le spectacle du marché. On a plutôt l’impression que les artistes sont partis que les derniers employés du cirque débarrassent et que les derniers véhicules s’en vont vers une destination toujours mystérieuse. C’est la valse presque viennoise des balayeuses de la ville.

Le soleil est magnifique mais le froid dur, sec. Un temps de saison comme on dit en Périgord. Ce n’est pas la grande forme. Alain Pichard, « Le Roi de la Galette des Rois », chapeau vissé sur la tête, les mains dans les poches n’entre même pas prendre un café au Coderc. Pour lui, l’année sera tristounette : « Vous ne croyez pas que ça va changer à Périgueux. Au contraire. Je le vois bien. Même le salon du Livre Gourmand doit foutre le camp… Et moi je voudrais en faire autant »

Tout proche le rôtisseur Dupuy a fermé sa boutique et l’odeur des volailles s’est depuis longtemps dispersée. La terrasse de La Truffe est telle le désert en plein midi. A l’intérieur c’est bourré comme une de ces maisons gonflées pleines à craquer dans nos bons vieux dessins animés. « Michel Moyrand devrait être content enclenche mon ami l’expert en livres anciens, il n’y a pas une voiture sur la place, c’est la réussite de « Cœur piéton ». Notre localier de l’étape, Alain Bernard n’est pas de la partie. Il est à Londres. Un avocat roumain, habitué de Périgueux nous salue et nous dit qu’il va déjeuner dans « son auberge préférée » : le Grain de Sel. Nous l’alertons d'une éventuelle fermeture… Ici, c’est pas Paris. Deux parisiens nous hèlent car ils ne trouvent pas de lieu pour déjeuner. Brusquement nous voici en panne de cordes vocales. Notre petite marchande d’huîtres a chargé son camion. Elle nous fait la bise et dit : « vous arrivez trop tard les garçons et puis il y avait personne. »

Nous poursuivons notre balade et retrouvons Francis Delpey, toujours fidèle au poste. C’est qu’il a deux boutiques : le sixième sens sur la place Saint-Silain et Noug@tine place de la mairie. Il ronchonne bien un peu comme toujours mais il est un vrai professionnel. Le bougre a du nez pour vous donner la tendance et les derniers potins commerciaux de la ville: « la situation n’est pas très bonne mais ça aurait pu être pire. Faut pas tout mettre sur la mairie. Les gens n’ont pas d’argent. Et puis, regardez, tout le monde est fermé. Faut pas se plaindre après. Moi je bosse… »

Ah ! Voici notre ancien fonctionnaire du Conseil général : « De quoi parliez-vous ? » Et faisant chorus : « des fêtes et de Périgueux. » Toujours l’accent pointu il entre dans la conversation : « J’ai lu Le journal, ils écrivent que la patinoire n’a pas attiré les foules. Pourtant, honnêtement elle semblait bien placée, près des cinémas, de Monoprix et de l’Office du Tourisme : « Ca a été un flop ! À force de vouloir faire tout différent de Darcos on se plante partout » nous dit Philippe Cornet qui arrive le pas rapide pour entrer chez Francis. L'ancien maire-adjoint, chef de l’opposition est frigorifié mais toujours le sourire en campagne. « Arrête Philippe, rétorque notre retraité de la SNCF – vieux communiste – qui nous cherchait dans la ville, tu pourrais être mon petit fils ! Change de disque ! ».

Le ton monte un peu, mais avec une affection toute méridionale : “ Et vu veux qu’on parle du départ du musée du Trompe-l’Œil ? renchérit notre retraité du Conseil général, Anne-marie Chevrier est venue en 2001 avec Darcos et personne a rien fait depuis l’arrivée de Moyrand pour qu’elle reste. Ici, parfois, on est un peu ploucs. On est politicien avant d’être intelligent. Vous verrez qu’à Paris ça va marcher tout comme le salon que monte paraît-il Cointreau en février qui s’occupait du salon du Livre Gourmand à un moment à Périgueux. On dit que c’est pas un concurrent ! Mon œil ! Il est plus malin il a compris c’est tout.” Et le Maître de l’opposition de confirmer.

« Bon, les gars, interpelle notre libraire attitré et attristé, on fait quoi ? » Tout le monde s’accorde à retrouver le Café du Coderc pour prendre un demi et quelques cacahouètes. Ah ce n’est pas royal mais ça maintient les traditions. Il est plus de treize heures trente. Nous passons devant chez le fourreur Boutis qui est fermé : « lui, il a dû morfler » sort Bruno, l’artiste dont l’appartement a brûlé récemment et que l’on croise. « Pas sûr, plutôt l’inverse, dit notre libraire. Les gens qui ont de l’argent achètent ce qu’il y a de plus cher. Ce sont les autres qui ont même vendu leur porte-monnaie… »

La petite bande s’est péniblement reconstituée. Cahin-caha elle salut Francis en passant ; puis arrivé devant le « Coderc » pousse la porte. Une table de prise sur les cinq. « Vous avez le choix les copains » dit le barman. En commandant nos demis et quelques cacouhètes, le barman s’exclame : « vous avez pas l’air d’avoir la frite les gars ! »

Notre retraité de reprendre : « On ne s’est même pas souhaité la bonne année ! » Se retournant pour nous regarder une jeune fille qui achète des cigarettes nous lance : « Ca change quoi ? » On s’est tous levé pour lui faire la bise et lui présenter nos vœux. Elle rit aux éclats : « Et bien vous au moins ! » Nous étions redevenus heureux et la mousse pouvait se déposer sur nos lèvres bénies par un aussi joli minois. L’année sera bonne. Si, maintenant on peut vous souhaiter nos vœux. On y croît parce que tout simplement il y a toujours de la bonne humeur sur la Place du Coderc.

PASCAL SERRE
Rédacteur en chef :
  • JOURNAL DU PERIGORD
  • DIRELOT
  • DORDOGNE PERFORMANCES
Membre :
  • Institut Montaigne (Paris)
  • Fondation Terra Nova (Paris)
  • Fondation de la France Libre (Paris)


La place du Coderc côté Bar de la Truffe
La place du Coderc, côté Bar de la Truffe

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